Le soir même, il pouvait donner sa première représentation.

Néanmoins et en dépit de ses efforts, quand la ménagerie atteignit enfin Paris, Chausserouge, à bout d'expédients, avait épuisé son fonds de réserve.

Pour vivre et éteindre son passif, il était désormais réduit aux seules ressources que comportait son travail.

Il retrouva Louise Tabary, vieillie, enlaidie et rendue acariâtre par son persistant insuccès. Si, de son côté, elle n'avait pas mangé complètement l'argent qui lui avait servi à remonter son établissement, elle était dans l'absolue impossibilité de le rendre.

Il était nécessaire au fonctionnement de l'entresort qu'il eût fallu réaliser pour restituer en partie la somme que lui avait laissée le dompteur.

Du reste, sur le Voyage, personne n'avait fait de bonnes affaires, et il n'était bruit que des exécutions de Vermieux, rendu impitoyable par la gêne générale, qui empêchait ses débiteurs de tenir leurs engagements.

Dès lors, Chausserouge connut tout les déboires et toutes les amertumes de la pire des misères, la misère en caravane.

Aussitôt après son arrivée, Vermieux s'était présenté, non plus en bonhomme heureux de se sacrifier pour être utile à son semblable, mais en créancier à qui on a fait tort et qui tient à sauvegarder ses intérêts.

Il n'avait trop rien dit tant que Chausserouge absent avait échappé par son éloignement même à toute action judiciaire, mais maintenant qu'il l'avait sous la main, il fit valoir ses droits avec la dernière énergie.

Pour donner au dompteur le temps de se refaire, il consentit à proroger l'échéance des prochains billets, mais à la condition que tous ceux échus seraient payés immédiatement, et Chausserouge dut se résigner à la vente de quelques-uns de ses pensionnaires.