Les jours de foire, on suspendait à la porte de la caravane un tableau grossièrement peint, et, pour dix centimes, vingt centimes, si l'on voulait le grand jeu, elle étalait ses tarots et dévoilait à tout venant les secrets de l'avenir.
Et dans la bouche de cette vieille femme, semblable aux sorcières du moyen âge, la moindre parole prenait l'importance d'un oracle.
Elle croyait à ses prophéties et savait imposer sa croyance aux autres. Si l'on ne sortait pas de chez elle convaincu, on en sortait impressionné.
Aussi ses ennemis profitaient-ils de cette disposition pour l'accuser de magie.
Quelque malheur frappait-il un Voyageur, c'était la bonne-ferte qui avait jeté un sort.
Plusieurs fois, on était parvenu à ameuter contre ces pauvres hères des populations entières.
Alors, renfermée dans sa caravane, la vieille faisait appel à la science léguée par ses ancêtres, et si les divins tarots n'annonçaient aucun danger immédiat, elle laissait passer l'orage, sûre que rien de fâcheux pour elle ne résulterait de cette effervescence.
Les parents de Maria, eux aussi, voyaient Chausserouge d'un bon oeil.
Depuis un an qu'ils voyageaient côte à côte, ils s'étaient rendus mutuellement mille petits services, sans avoir peut-être jamais échangé dix mots.
Une sympathie inavouée rapprochait ces parias du Voyage et il fallut qu'un événement grave survînt, pour faire éclater entre eux ces sentiments qui n'existaient qu'à l'état latent.