Que pouvait être ce danger imminent, cette circonstance si grave qui avait forcé Zézette à s'ouvrir à lui, à requérir son aide...

Il ne trouva rien et se résigna à attendre que les événements lui donnassent la clef de cette énigme...

Toutefois, au moment d'agir, Zézette sentit une dernière hésitation. Certes, elle était résolue à braver Tabary, à lui jeter à la face le récit de ce crime qu'il croyait inconnu de tous, à le menacer au besoin de révéler ce forfait abominable, maintenant que son père mort était à l'abri de toute poursuite...

Mais si l'autre ne se laissait pas intimider, s'il passait outre, sûr de l'impunité, comptant sur le défaut de preuves?...

Quelle serait alors sa situation vis-à-vis de son ennemi, vis-à-vis de cette femme, Louise Tabary? A quelles représailles ne s'exposait-elle pas, elle et ceux qui prendraient ouvertement son parti?

Bien qu'elle fut décidée pour ne pas salir la mémoire de son père, à ne jamais révéler l'assassinat de Vermieux à la justice, il entrait dans son plan de laisser croire à Tabary qu'elle était disposée à le faire, s'il ne lui laissait pas désormais toute indépendance, s'il ne mettait pas un terme aux vexations de toutes sortes dont elle était l'objet.

Mais si Tabary, pour mettre à néant son accusation, prenait les devants et l'accusait d'avoir voulu le calomnier, quelles preuves matérielles pourrait-elle donner?

Aucune! Elle avait vu, mais personne ne pouvait affirmer après elle qu'elle n'avait pas été le jouet d'une hallucination, qu'elle n'avait pas inventé de toutes pièces, pour se venger, une fable destinée à perdre Tabary.

Voudrait-on croire que, même par un jour d'orage, Vermieux avait pu traverser le Voyage installé sur un parcours de deux kilomètres, de la place du Trône à la barrière de Vincennes, à dix heures du soir, en pleine fête, sans avoir été remarqué par aucun forain? Car tous le connaissaient.

L'hésitation de Zézette dura peu. Sa détermination était prise.