Cet homme qu'une sorte d'inconscience avait toujours protégé contre la peur, qui avait affronté mille périls sans un battement de coeur, tremblait à l'idée de voir son unique enfant s'exposer aux mêmes dangers.

François insista. Le père tint bon, tout d'abord, mais il finit par se laisser toucher.

Il fut convenu que le jeune homme débuterait le jour où il aurait atteint sa dix-huitième année.

En attendant, le vieux dompteur lui enseigna les premiers principes de son art.

Une lionne venait justement de mettre bas.

Chausserouge résolut de confier à son fils le dressage des trois lionceaux.

Tout d'abord, il lui rappela que, comme l'homme, l'animal naît avec des instincts bons ou mauvais, qu'il n'était pas rare de trouver dans des sujets issus du même père et de la même mère, des types de caractères absolument dissemblables; les uns dociles et doux, les autres rebelles à toute éducation.

La difficulté énorme pour le dompteur quand il s'adresse à des animaux arrivés adultes chez lui, se trouve bien amoindrie quand il a affaire à des bêtes qu'il a vu naître, dont il a eu le temps par conséquent d'étudier le tempérament, de discerner le degré de franchise.

Il lui reste alors à habituer ses élèves à sa présence, à appliquer à chacun le genre de travail qui lui convient, en ayant soin de ne pas trop demander à la fois, afin de ne pas rebuter l'animal et provoquer ainsi ses légitimes révoltes.

Se faire craindre, en sachant se faire aimer, telle devait être le but et la devise du dompteur.