Chausserouge fut charmé de voir avec quel entrain son fils acceptait sa nouvelle tâche, avec quelle adresse il mettait en pratique ses conseils.

En effet, du moment où il fut institué le précepteur des lionceaux, François tint à ce que nul que lui ne les approchât.

Il les soignait, leur donnait à manger, entrait chaque jour dans leur cage, afin de les familiariser avec lui.

Il avait à lui deux lionnes et un lion; il les baptisa Saïda, Rachel et Néron.

Au bout de quelques mois, il commença leur éducation.

Les lionnes étaient assez dociles, surtout Rachel, mais Néron se montrait rétif; le jeune homme dut déployer à l'égard de ce dernier, beaucoup de patience et d'énergie.

Le père qui suivait tous ces essais d'un oeil inquiet, sentit bientôt s'évanouir toutes ses appréhensions.

Son fils était bien un vrai Chausserouge; il en avait les qualités, l'audace et la persévérance, pourquoi fallait-il qu'il y joignit des défauts inconnus à sa race?

Car s'il remplissait avec une exemplaire rectitude tous les devoirs de son nouvel état, François depuis qu'il était libre, laissait, en dehors du service auquel il s'astreignait avec joie, un libre cours à ses penchants naturels.

Son père lui avait tracé la voie; il n'avait pas à lutter comme lui avec les difficultés d'un pénible début.