Les animaux parlants ont aussi leur rôle dans les paraboles et les histoires de Chuang-Tzù et son étrange philosophie sait s'exprimer d'une manière musicale par le mythe, la poésie, et la fantaisie.

On éprouve une tristesse naturelle à s'entendre dire qu'il est immoral d'avoir de la bonté consciente, et que faire quelque chose est la pire forme de l'inaction.

Des milliers de philanthropes, excellents et réellement convaincus, retomberaient bel et bien à la charge des contribuables, si nous adoptions l'idée que l'on ne doit permettre à personne de se mêler de ce qui ne le regarde pas.

La doctrine de l'inutilité de toutes les choses utiles aurait pour effet non seulement de compromettre notre suprématie commerciale en tant que nation, mais encore de jeter le discrédit sur un grand nombre de membres prospères et sérieux de la classe des boutiquiers.

Qu'adviendrait-il de nos prédicateurs populaires, de nos orateurs d'Exeter-Hall, de nos Évangélistes de salon, si nous leur disions, dans le langage même de Chuang-Tzù: «Les moustiques tiennent un homme éveillé toute la nuit par leurs piqûres. C'est exactement de la même façon que ces propos de charité, de devoir envers son prochain vous rendent presque fous, Messieurs, efforcez-vous de ramener le monde à sa primitive simplicité, et comme le vent souffle où il lui plaît, laissez la Vertu s'établir d'elle-même. A quoi bon cette inopportune énergie?»

Et quel serait le sort des gouvernements et des politiciens de profession, si nous en venions à conclure que le gouvernement de l'espèce humaine, cela n'existe pas.

Évidemment, Chuang-Tzù est un écrivain des plus dangereux, et la publication de son livre en Angleterre, deux mille ans après sa mort, est manifestement prématurée, et causera peut-être beaucoup de peine à bien des personnes profondément respectables et industrieuses.

Il est peut-être vrai que l'idéal de culture par soi-même, de développement par soi-même, qui est le but de son plan de vie, et la base de son système de philosophie, est un idéal dont le besoin se fait quelque peu sentir dans un siècle comme le nôtre, où l'on voit tant de gens si occupés de l'éducation de leur prochain, qu'il ne leur reste pas un moment pour leur propre éducation.

Mais serait-il prudent de le dire?

Il me semble que si nous admettions une seule fois la valeur d'une quelconque des critiques destructives, nous serions obligés de renoncer à notre habitude nationale de nous glorifier nous-mêmes.