Les juges de paix et les juges de simple police, classe en générale d'une ignorance absolue, envoient souvent un enfant en prévention pour huit jours, au bout desquels ils peuvent ne point prononcer la sentence qu'ils ont le droit de rendre.

Ils appellent cela «ne point envoyer un enfant en prison».

Certes, c'est de leur part une façon de voir stupide.

Pour un enfant, être en prison préventivement ou après un jugement, c'est une subtilité du système social qu'il ne saurait comprendre.

Ce qu'il y a d'horrible pour lui, c'est d'y être.

Aux yeux de l'humanité, le fait qu'il est là, est une chose horrible.

Cette terreur, qui s'empare de l'enfant et l'accable, qui saisit même l'homme fait, est naturellement portée au delà de toute expression par le système de la cellule solitaire de nos prisons.

Chaque enfant reste enfermé dans sa cellule pendant vingt-trois heures sur vingt-quatre.

Voilà ce qui est effrayant.

Enfermer pendant vingt-trois heures sur vingt-quatre un enfant dans une cellule mal éclairée, c'est un exemple de la cruauté qu'il y a dans la stupidité.