Un enfant est profondément contaminé par la vie de prison. Mais l'influence qui contamine n'est point celle des prisonniers.

C'est celle du système de la prison dans son ensemble,—du directeur, de l'aumônier, des gardiens, de l'isolement en cellule, de la nourriture révoltante, des règlements faits par les commissaires des prisons, du genre de «discipline» de la vie, c'est ainsi qu'on l'appelle.

On prend toutes les précautions pour ôter à un enfant la vue de tous les prisonniers au-dessus de seize ans.

Les enfants sont assis à la chapelle derrière un rideau, et on les envoie prendre de l'exercice dans de petites cours sans soleil,—parfois dans une cour pavée, parfois dans une cour derrière les moulins, plutôt que de leur laisser voir les prisonniers majeurs prenant l'air.

Or, la seule influence vraiment humanisante qui s'exerce dans la prison est celle des prisonniers.

Leur bonne humeur dans un milieu terrible, leur sympathie mutuelle, leur humilité, leur douceur, les sourires pleins de bienveillance qu'ils échangent en se rencontrant, leur parfaite résignation à leur peine, tout cela est admirable, et j'ai moi-même appris d'eux bien des choses salutaires.

Je ne vais pas proposer que, les enfants ne soient pas assis derrière un rideau à la chapelle, ni qu'ils prennent de l'exercice dans un coin de la cour commune.

Je veux simplement faire remarquer que la mauvaise influence sur les enfants n'est point et n'a jamais pu être celle des prisonniers, mais qu'elle est et restera toujours celle du système des prisons lui-même.

Il n'y a pas dans la prison de Reading un seul homme qui n'eût consenti à subir lui-même la peine des trois enfants, à leur place.

La dernière fois que je les vis, c'était le mardi après leur condamnation.