Quoique les muletiers qui transportent des marchandises payent directement cette taxe aux portes des villes et même quelquefois dans des localités non fermées situées sur leur route, en fait elle frappe les propriétaires des marchandises. Aussi cette taxe a-t-elle souvent provoqué les plaintes du commerce européen, qui avait reçu l’assurance que les marchandises destinées à l’importation ou à l’exportation ne seraient soumises à aucune autre taxe que les droits de douanes établis par les traités et payés dans les ports. Le fait que ces droits sont payés en réalité par les négociants est déjà démontré par l’application des tarifs, qui diffèrent selon que l’animal de bât est chargé de marchandises précieuses ou à bon marché. Aussi, dans l’établissement des conditions de transport, a-t-on établi la règle que les droits de douane et d’octroi sont mis séparément au compte de l’expéditeur.

7o Les monopoles. — Ils sont tous affermés et consistent d’abord dans le droit exclusif de vendre dans les villes le tabac et le kif. On nomme kif les fleurs desséchées de cette sorte de chanvre dont les plus petites folioles placées autour des boutons sont employées en Égypte et en Turquie à la préparation du haschich enivrant. Le kif, qui est fumé, seul ou mélangé avec du tabac, dans de petites pipes d’argile, ne paraît pas avoir des effets aussi funestes pour la santé que le haschich. Il a pourtant des résultats fâcheux. Ce sont presque uniquement des gens du plus bas rang qui s’y adonnent. Les habitants plus délicats et plus élégants des villes, aussi bien que ceux des campagnes encore près de l’état de nature, méprisent ce plaisir. On trouve dans les villes de petites boutiques, placées dans des rues étroites et écartées, où les gens se réunissent pour fumer ; la majorité des conducteurs de chameaux et des âniers fument le kif. Chez la plupart d’entre eux s’est établie l’habitude d’avoir, tous les cinq ou six jours, une séance régulière de kif, qui est devenue un véritable besoin. Comme je l’ai dit, le Mahométan d’habitudes plus distinguées et de croyances strictes méprise le kif autant que le tabac et les boissons spiritueuses. C’est une des meilleures qualités des Arabes et des Maures ; seuls les indigènes des ports d’Algérie ont pris l’habitude de boire du vin et de fumer du tabac ; le Marocain prise, mais ne fume pas, tout au contraire des Mahométans d’Orient, chez qui le culte du tabac a atteint son plus haut point.

La pesée ou le mesurage des grains et de tous les produits alimentaires, sauf les légumes frais et les fruits, est également le monopole du gouvernement. Enfin les peaux de bœuf sont frappées d’une estampille du sultan dès l’abatage de l’animal, et sont soumises à une taxe également affermée.

8o L’excédent des revenus des mosquées et des autres fondations ecclésiastiques. — Le sultan fait administrer les biens de tous les établissements religieux par des intendants nommés par lui (nazir). Les nazir sont rétribués sur les excédents de revenus ; ils font les comptes, et sont tenus de remettre le reliquat à la caisse centrale du sultan, quand les dépenses des mosquées et des écoles qui y sont jointes, ainsi que des autres établissements, sont payées.

9o L’impôt des Juifs (djeziah) est réparti entre les familles par les chefs des communautés juives : son produit est envoyé à Fez par l’amil.

10o Le produit des monnaies. — On ne frappe plus du tout de monnaie d’or : celle d’argent n’est fabriquée que dans la Monnaie du sultan, à Fez ; celle de cuivre l’est également, à Marrakech et à Mogador. Le bénéfice réalisé par celle fabrication est minime, car la monnaie d’argent est de bon aloi.

La monnaie d’or marocaine était faite d’or si fin qu’elle a été exportée et a disparu de la circulation. La monnaie de cuivre, qui existe en grandes masses, se déprécie de plus en plus et sert à l’intérieur du pays comme moyen d’échange. Par suite des relations commerciales avec l’étranger, il circule, dans le nord et l’ouest du pays, des monnaies d’or et d’argent espagnoles, et au sud et à l’est, des monnaies françaises.

11o Petites recettes diverses, comme par exemple celles des bateaux allèges appartenant au sultan dans les ports ou sur les rades et qui ont un privilège sur ceux des particuliers ; les taxes de navigation, etc.

Les recettes paraissent moindres dans les comptes qu’elles ne le sont en réalité, parce que, faute de contrôle, beaucoup d’abus sont commis par les employés, qui ne sont pas payés, et en outre parce que les rémunérations légitimes sont précomptées et ne sont pas comprises dans les sommes envoyées à Fez.

M. Weber, ministre résident d’Allemagne à Tanger, a cherché à connaître par des informations le montant approximatif annuel des revenus du sultan versés dans la caisse centrale de Fez ; il est arrivé à ces chiffres, fort respectables pour le Maroc :