Les djeich n’ont aucun droit à une solde. Ceux-là seuls qui sont de service près de l’amil ont droit à 8 réaux vellon (2/5 de douro[22] par mois) ; toutes les fois qu’ils sont employés dans le district à prélever des contributions ou à des expéditions semblables, ils reçoivent de la victime une indemnité non déterminée (souchrah). Cet usage entraîne naturellement de grands abus. La qualité de djeich ou de machazini est héréditaire, de même que la pièce de terre dont il est investi reste dans sa famille aussi longtemps qu’il a des descendants mâles. On ne donne pas de nouvelles investitures. Quand un djeich a plusieurs enfants, ils peuvent tous prendre le métier des armes ; quand ils n’ont pas de chevaux, ils le font à pied. Ils sont alors nommés tsirâs et reçoivent, quand ils sont employés par l’amil du district, une solde moindre que le djeich monté.

L’antique institution des djeich forme avec les bochari toute la cavalerie de l’armée marocaine. Y compris les bochari, il se trouve toujours environ de 10 à 12000 cavaliers auprès du sultan ; ils appartiennent aux tribus des Chiragah, des Oulad Djemaah, des Chirardah, des el-Houdavah, et des Rouwafah (tribus du Rif) ; en temps de guerre, ces tribus fournissent 30000 cavaliers, non compris ceux qui restent au service des amils.

Un machazini.

3o El-askar. — Les Maures désignent sous le nom turc d’askiar (soldat) une infanterie que Maoula Abd er-Rhamân créa après la guerre avec la France sur le modèle des zouaves ou des turcos. Elle est composée de 4000 hommes, qui accompagnent toujours le sultan. On les nomme aujourd’hui les « vieux askar », car le sultan actuel a fondé neuf bataillons du même genre. Dans ce but il leva, surtout de force, des recrues dans les villes de Marrakech, de Fez, de Rabat, de Selâ, d’el-Araïch (Larache), de Ksâr, de Meknès, de Tandjah (Tanger) et de Tétouan, et des tribus de Rhamnah, Seraghnah, de Hahah (dans le Sous), de Chiadmah et d’Insouga (Sous), en tout 6300 hommes. Les villes ne purent opposer aucune résistance au désir du sultan, et les tribus eurent l’obligation de fournir en guise d’amendes un certain nombre de recrues, après avoir été battues par les troupes du gouvernement, ou après s’être soumises sans combat. Le sultan laissa ensemble tous les hommes de même tribu et forma de chaque contingent une unité tactique plus ou moins forte. Marrakech (Marroco) constitua la plus considérable, avec 1000 hommes ; Tanger et Tétouan formèrent les plus petites, fortes chacune de 200 hommes.

Ils sont armés, à l’exemple des zouaves, de fusils européens et de baïonnettes portées dans un fourreau. Leur uniforme est rouge vif, avec d’étroits parements verts. Les instructeurs des askar étaient, à l’origine, des officiers ou sous-officiers égyptiens et français des corps algériens. L’instruction de ces troupes est pourtant encore très défectueuse, comme leur armement, car les fusils sont de types et de calibres très divers. Le service militaire dure toute la vie ; pourtant on permet aux incurables et aux vieillards de retourner dans leur pays. Les askar des deux catégories citées plus haut reçoivent tous les ans au Rhamadan un uniforme complet, et pour leur entretien il leur est alloué une solde nommée askar el-radim ; les plus anciens, c’est-à-dire ceux des troupes formées par le sultan Abd er-Rhamân, reçoivent tous les jours 1 1/4 réal vellon[23], en même temps qu’une solde mensuelle de 24 réaux vellon, tandis que les plus jeunes ont par jour une solde de 2 réaux vellon et de 36 réaux vellon par mois.

4o El-tobdjiyah (les artilleurs). — De tout temps ont existé dans les places fortes des côtes des artilleurs sédentaires, ne portant pas d’uniforme, analogues aux janissaires-tobdji de Turquie, à l’imitation desquels ils ont été créés et même dénommés. Tout leur service se borne aujourd’hui à saluer les navires de guerre étrangers avec le peu de petites pièces encore montées sur affût, de tirer le nombre habituel de coups de canon aux fêtes musulmanes, de même que pendant le mois de jeûne, au moment de la prière, et enfin quand un édit du sultan est lu publiquement. Ils sont artisans pour la plupart et exercent leur métier en dehors du service.

Des tobdjiyah de ce genre se trouvent à Tanger, Tétouan, el-Araïch, Rabat, Sélâ, Dar el-Béida, Mazagan, Asfi et Mogador ; ils sont en tout 840. Leur service est héréditaire ; ils sont francs d’impôts, mais ne sont pas investis de terres comme les machazniyah, et reçoivent une solde mensuelle de 36 réaux vellon (1 4/5 douros).

En outre, le Maroc dispose d’un détachement de 350 hommes, tirés, dans ces derniers temps, de l’infanterie régulière (askar), qui portent le même uniforme et reçoivent la même solde. Ils servent le peu de pièces de campagne que le sultan emmène avec lui dans ses expéditions.

C’est dans ce corps que se trouvent d’ordinaire les renégats, aujourd’hui peu nombreux. Ce sont généralement des déserteurs espagnols ; cependant d’autres nationalités s’y trouvent représentées.