5o Les bahariyah « marins », au nombre de 900, sont les restes des équipages de la flotte marocaine. En temps de paix ils servent, comme je l’ai déjà dit, de matelots sur les allèges appartenant au sultan, et reçoivent au lieu de solde les deux tiers des sommes qu’ils gagnent à charger et à décharger les navires de commerce ; le dernier tiers revient au sultan. Leur charge est héréditaire ; ils sont francs d’impôts comme les tobdjiyah et les machazniyah, et sont stationnés dans les mêmes ports que les premiers.

En temps de guerre, les bahariyah sont obligés de servir également comme soldats et reçoivent alors des vivres et la même solde que les autres.

6o El-harkah, mot à mot « le mouvement », c’est-à-dire le landsturm.

La harkah consiste dans la réunion de tous les hommes en état de porter les armes.

Le sultan les convoque aussi souvent qu’il en a besoin, en totalité ou par cercles, soit pour étouffer des soulèvements, soit pour une guerre contre l’étranger.

Ils combattent à pied ou à cheval, suivant leurs moyens, mais dans les deux cas il sont armés des longs fusils du pays et de yatagans ; parmi eux beaucoup de cavaliers portent de courts javelots. La longue lance, l’arme principale du Bédouin d’Orient, paraît être inconnue au Maroc.

En temps de guerre ce landsturm reçoit des vivres, mais pas de solde.

La harkah est convoquée en cas de besoin par l’amil du district qui la conduit au sultan. Si elle est employée dans le district, même, c’est l’amil qui la commande. En ce moment (1880) le sultan emmène avec lui, dans son expédition au nord-est de l’empire, environ 30000 hommes, dont 12000 cavaliers, bochari et djeich (machazniyah), 4000 askar et 14000 harkah provenant des différentes parties du pays.

Comme le service des harkah est presque volontaire, leur force est difficile à apprécier. Dans une guerre d’indépendance nationale ou pour l’Islam, leur nombre pourrait être très grand. Si l’on songe que tout homme armé, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, appartient à la harkah, et que chacun est armé, on doit admettre que l’appréciation d’un auteur qui l’évalue de 300000 à 500000 hommes n’est pas exagérée. En fait, des personnes bien informées prétendent que, vers la fin de la dernière guerre avec l’Espagne, environ 300000 Marocains, harkah pour la plupart, se trouvaient sous les armes à Tétouan.

D’après ce qui précède, le sultan dispose, en cas de guerre, des forces suivantes :