1oGarde noire (bochari)5000cavaliers.
2oDjeich ou machazniyah25000
3oAskar (y compris 350 hommes qui servent des pièces de campagne)6300fantassins.
4oTobdjiyah (artilleurs des ports)840
5oBahariyah900
6oEl-harkah (levée de tous les hommes valides, partie cavaliers, partie fantassins)300000hommes.
Total338040hommes.

L’élément le plus important d’une armée est toujours l’infanterie, et, malgré les officiers instructeurs européens qui ont été récemment appelés au Maroc, il manque à ces troupes régulières tout ce qui, d’après nos idées, devrait les caractériser. Les différences d’âge entre les soldats sont déjà, au plus haut degré, nuisibles à une bonne instruction ; on voit parmi eux une foule de garçons tout jeunes, qui n’ont pas terminé leur croissance et peuvent à peine porter leurs fusils, ainsi que beaucoup de vieillards à barbe blanche ; la discipline et le respect pour les officiers sont naturellement très peu développés, et les exercices sur le terrain de manœuvre produisent pour les Européens un effet absolument comique.

Si peu de confiance qu’on puisse avoir dans ces troupes, au cas où le sultan voudrait s’en servir pour réprimer des soulèvements intérieurs, elles formeraient pourtant une force qu’il ne faudrait pas dédaigner en cas de guerre avec un État chrétien, surtout si on leur persuadait que l’Islam est en péril. A la vérité, elles ne pourraient jamais remporter de succès en rase campagne, en face d’un ennemi bien organisé ; mais leur connaissance du pays, leur fanatisme sauvage, si facilement excitable, feraient d’elles un adversaire à redouter. Le gouvernement marocain a certes beaucoup appris, depuis la guerre avec l’Espagne ; et pour les Espagnols, qui convoitent le Maroc depuis si longtemps, il ne serait plus aujourd’hui aussi facile qu’alors de vaincre les troupes de Mouley Hassan.

Agriculture et élevage. — La formation et la constitution du sol sont, au Maroc, aussi favorables à la culture que le climat. La haute chaîne de l’Atlas n’occupe pas relativement une partie considérable de la surface ; des collines, de larges vallées fertiles et des plaines étendues dominent. L’eau est généralement abondante dans la partie nord du pays, et toutes les plantes cultivées de l’Europe méridionale et centrale y poussent parfaitement : la canne à sucre et le mûrier y ont été plantés avec succès.

Les céréales dont l’exportation est permise, le maïs, les pois, les lentilles, les haricots, sont cultivées sur des étendues qui s’accroissent constamment. Mais l’insécurité du pays et l’indolence des habitants des campagnes sont trop grandes pour qu’un progrès important puisse être constaté. Une législation commerciale plus libérale accroîtrait pourtant très vite, d’après toutes les prévisions, la production et encouragerait la population à mieux cultiver un sol fertile. Le Maroc pourrait donner dix fois plus que ce qu’il produit réellement ; mais son fâcheux état politique empêche chacun de cultiver au delà de ce dont il a besoin. Les grains les plus importants sont le froment et l’orge ; cette dernière sert, avec des fourrages verts, à l’alimentation des chevaux, des mulets et des chameaux ; mais, comme ces grains ne peuvent être exportés et comme les amils prennent, sous un prétexte quelconque, les excédents de récolte de leurs administrés, en ne leur laissant que le strict nécessaire pour leur ménage, les gens des campagnes n’ont aucune tendance et ne reçoivent aucun encouragement à cultiver une partie plus étendue d’un sol fertile. Tandis que le sultan renferme d’immenses masses de grains en de grands magasins disséminés dans le pays, et dont une forte partie se corrompt fréquemment, les véritables producteurs n’ont d’ordinaire que juste ce qu’il leur faut pour vivre : suivant la pratique musulmane les habitants supportent leur destin avec tranquillité ; ils se plaignent volontiers de ces abus, mais ils sont eux-mêmes trop peu disposés à entreprendre quelque chose pour améliorer leur position.

Ce dernier côté de leur caractère apparaît dans la manière dont on cultive les terres au Maroc. Les outils de labourage sont de la forme la plus primitive. Un seul sillon, fait au moyen d’un tronc d’arbre courbé et affilé convenablement, sert à recevoir les semences. Les herses et les autres outils sont inconnus. La moisson est faite d’une manière aussi simple ; on arrache les tiges avec la main, ou l’on se borne à couper les épis ; le Marocain ne connaît ni la faux ni la faucille. Un fort couteau, à lame recourbée et à long manche, servant en même temps à couper les branches et les arbrisseaux, est employé quelquefois comme faucille. Les épis récoltés sont foulés par les animaux ou battus avec de grands bâtons par les gens du pays, jusqu’à ce que le grain puisse être séparé de la paille par un vannage. Les engrais sont inconnus : on y supplée, surtout dans les grandes plaines du versant nord de l’Atlas, par une irrigation habile. L’eau des rivières est répartie par des canaux nombreux dans les terres cultivées ; il est vrai qu’ils sont établis d’une manière primitive : on réunit par un passage souterrain deux trous profonds de plusieurs mètres et éloignés d’environ 20 ou 30 mètres ; on ferme ensuite les orifices de ces sortes de puits, et la terre amoncelée indique la direction de ces canaux, dont la construction est remarquable en ce que les pentes convenables sont établies sans instruments de précision.

Les Maures ont fait plus de progrès dans l’horticulture, et l’on trouve souvent aux environs des grandes villes des jardins bien tenus et bien arrosés ; ils proviennent, il est vrai, surtout de générations antérieures, et la population actuelle a de la peine à les maintenir en bon état.

Le Maroc est encore assez riche en forêts, quoique hommes et bêtes travaillent à les détruire.

Les pentes de l’Atlas, jusque assez loin dans les vallées, sont couvertes de forêts, qui renferment des bois de construction dont une partie est précieuse. Dans la contrée d’el-Mamora, près de Rabat, se trouvent d’immenses forêts de chênes-lièges, qui accroîtraient la richesse du pays si on les exploitait ; cet arbre utile croît fréquemment aussi sur les montagnes des environs de Tétouan et de Ceuta. Pourtant presque tout le bois de construction vient de Suède et d’Amérique, car les forêts sont inabordables, faute de chemins et de moyens de transport. Les montagnes du Rif donnent seules de courts madriers taillés en plein bois, qui sont estimés, parce qu’ils sont moins attaquables par les vers que les bois étrangers. Dans l’intérieur du pays, on ignore l’usage des scies.

Non seulement les nombreux troupeaux de moutons et de chèvres détruisent les bois, mais encore les bergers mettent, comme en Algérie, le feu aux forêts pour améliorer les pâturages.