Au Maroc l’élevage surtout est de grande importance, et donne en général de bons résultats. Il y a une quantité de tribus arabes et, dans l’Atlas, quelques tribus berbères qui ne cultivent pas du tout le sol et préfèrent se déplacer avec leurs troupeaux. Comme l’exportation des moutons est interdite et que celle des bœufs n’est permise que de Tanger et sur une échelle restreinte, on n’exporte que des peaux et des laines, le tout en assez grande quantité.
On estime la richesse du pays en animaux domestiques à 40 millions de moutons, 10 à 12 millions de chèvres, 5 à 6 millions de bœufs, un demi-million de chameaux ou de chevaux, et enfin 4 millions de mulets et d’ânes.
Les laines du Maroc sont estimées. Le mouton est généralement blanc et ressemble à celui d’Espagne ; on s’occupe aussi peu d’en améliorer la race que de protéger les animaux contre le froid ou la pluie en hiver et la faim en été, quand les pâturages deviennent maigres ; c’est pourquoi des maladies épizootiques surviennent souvent dans les troupeaux et nuisent au bien-être du pays.
Le cheval berbère est, comme on le sait, plein d’endurance et de vitesse ; mais la race est pourtant visiblement dégénérée. Elle fournit encore une bonne remonte à la cavalerie et vaut certainement mieux que celle des chevaux algériens ou tunisiens. Il n’y a plus de chevaux berbères pur sang que dans les écuries du sultan, surtout à Meknès. On trouve un beau cheval isolé chez beaucoup de cheikhs berbères des vallées de l’Atlas. Ceux que les voyageurs peuvent ordinairement voir, louer ou acheter dans les villes sont des animaux dégénérés, complètement négligés sous tous les rapports. L’exportation des chevaux est strictement interdite, et ceux-là seuls peuvent quitter le pays qui sont destinés à être donnés en présent par le sultan aux souverains européens ou à leurs ambassadeurs. Ce sont généralement de bons chevaux des haras du souverain.
Du reste, l’élevage est pratiqué avec la même simplicité qu’il y a des milliers d’années ; il y a peu d’améliorations à constater. Le lait est consommé par les femmes et les enfants ; le beurre est produit en assez grande quantité, mais on en importe, ou du moins on en importait jadis de grandes masses. On ne fabrique nulle part de fromage.
Pour ce qui concerne la présence des minéraux utiles, le Maroc est l’un des pays les moins connus de la terre. Je n’ai pas entendu parler de minerais d’or ; il doit y avoir de l’argent, surtout dans l’Atlas ; les minerais de fer sont très abondants, en particulier dans l’Atlas méridional, de même que ceux de cuivre et de plomb, très répandus sur les montagnes du Rif comme dans l’Atlas ; on dit aussi qu’il y existe des minerais d’antimoine. Le sel gemme est fort commun, surtout dans les montagnes entre Ouadras et Fez. Une terre à foulon, qui est vendue dans les villes en guise de savon minéral et qui sert à nettoyer les vêtements de laine, est également très abondante ; le lieu d’origine de ce minéral est, dit-on, dans l’Atlas, sur le chemin de Fez au Tafilalet ; il est exporté en Europe par Casablanca ; l’exportation des minerais est interdite.
On prétend que le charbon se trouve également au sud de l’Atlas ; l’apparition de la formation carbonifère sur la lisière nord du Sahara semblerait le prouver. J’ai vu ailleurs, auprès de Tétouan, des traces de charbon dont j’ai parlé en temps et lieu. La présence même de grands dépôts de charbon et de minerais à l’intérieur du Maroc n’aurait aujourd’hui aucune valeur réelle pour le pays : le manque absolu de moyens de transport ne permettrait pas de les utiliser. Le gouvernement marocain n’a aucun goût pour les entreprises minières ; quelques Arabes entreprenants commencèrent des galeries près de Tétouan et en tirèrent du plomb et de l’argent ; mais le gouvernement leur retira leur concession contre payement d’une indemnité, sans cependant l’exploiter lui-même : on a ici une sorte de terreur superstitieuse de tous les travaux souterrains. Ce n’est que dans l’oued Sous qu’une mine de cuivre est exploitée de toute antiquité ; de là est tiré le métal dont sont faits une partie des outils en usage au Maroc, ainsi que les flous (monnaie de billon).
L’industrie marocaine s’est mieux conservée que dans les autres pays musulmans, par suite de l’isolement systématique du pays des nations civilisées. Pour le même motif, elle est restée stationnaire ; l’ouvrier se sert aujourd’hui encore des instruments en usage il y a un millier d’années, et travaille d’après la même méthode que ses prédécesseurs de l’antiquité, sans changement et sans amélioration. Il est étonnant qu’il puisse arriver à une production comme la sienne ; son goût est inimitable et il est demeuré le même à travers les siècles.
Les tissus, les broderies, les cuirs et les poteries du Maroc sont célèbres. Pour le tissage on se sert de fil de lin, de coton et de laine ; on fabrique aussi des tissus mélangés pour lesquels la soie est achetée en Orient, alors qu’elle pourrait être produite dans le pays. Les haïks blancs du Maroc, dont la chaîne est en soie et le reste en laine fine, sont bien connus ; de même les cuirs de Maroc et de Saffi (maroquin et saffian), ainsi que les objets qui en sont fabriqués.
Les longs fusils entre les mains de tous sont fabriqués et décorés exclusivement à l’intérieur du pays, à Tétouan, Fez, Taroudant (oued Sous) et dans d’autres endroits. Au sud-est de l’Atlas, sur l’ancienne route commerciale de Timbouctou et du Soudan, qui allait par Sous, le Tafilalet et le Touat, on trouve encore des traces intéressantes de l’ancienne industrie métallurgique. Dans l’oued Sous on fabrique encore, en même temps que beaucoup de fausse monnaie de billon marocaine, des fusils avec du fer indigène. Dans le nord du Maroc on commence à tirer cette sorte de marchandise d’Europe, où elle est produite à plus bas prix, grâce au travail des machines. L’industrie métallurgique de l’oued Sous est toujours intéressante : les jolis poignards à lame recourbée, dont le fourreau est garni d’une plaque d’argent ornée de ravissantes arabesques, les fûts de fusil richement décorés, les poires à poudre de forme originale, viennent de l’oued Sous.