La laine des moutons forme l’un des plus importants articles d’exportation.

L’exploitation des forêts de chênes-lièges, encore très nombreuses en certains endroits, est interdite, et une source importante de revenus est ainsi fermée au peuple. Une suppression subite de cette interdiction aurait, de plus, l’inconvénient d’amener un véritable gaspillage des arbres et de détruire bientôt les forêts. Cette sorte d’industrie devrait être organisée et contrôlée de telle sorte que seuls les arbres d’un certain âge fussent écorcés à des intervalles de temps fixés. Mais le gouvernement est trop indifférent pour songer à une réglementation semblable.

Il est absolument incompréhensible que le palmier nain, qui croît dans les espaces incultes de l’intérieur du pays, ne puisse être exporté ; la population pauvre et peu valide pourrait se créer de petits gains en le récoltant ; cette plante fibreuse est employée à des usages industriels en Espagne et partout où elle pousse.

Si l’on cultivait au Maroc la noix de terre (arachide), ce serait encore une source fructueuse de revenus pour le pays. Les grandes plaines de l’intérieur y sont très favorables, et sa culture est très simple et très aisée. En Espagne ce fruit oléagineux, fort utile, est cultivé, mais il sert généralement à faire des confitures à cause de son goût d’amande. La vigne serait également bonne à planter au Maroc, car, partout où les figuiers poussent, le sol est favorable à cette plante ; en effet, depuis longtemps l’Algérie fournit, on le sait, de grandes quantités de bon vin. Il y aurait encore là une source de profits importants pour le Maroc, même en se contentant de la simple vente du raisin. De même qu’en Algérie, la culture du tabac serait profitable dans le pays voisin. Il y a donc une foule de productions que le Maroc pourrait fournir et qui amélioreraient la condition d’une population appauvrie.

La marine marocaine est entièrement anéantie. Il n’y a pas de marine marchande, et les restes des navires de guerre pourrissent à Larache (el-Araïch) ; même les pirates du Rif semblent, depuis la guerre de 1859-1860 avec l’Espagne, avoir renoncé à leur métier de corsaires. Ils se bornent aujourd’hui à transporter les bois de construction de leurs forêts, dans de petits bâtiments plats, jusqu’à Tanger ou à quelques ports de l’océan Atlantique. Leurs bateaux, non pontés, ne peuvent tenir la haute mer, et ces gens ne possèdent aucune connaissance nautique. Quand un bâtiment porte le pavillon marocain, il est généralement armé par des négociants européens, et monté par un équipage de même origine. Le sultan ne possède plus, comme je l’ai dit, que quelques allèges placées dans certains ports et qui travaillent pour son compte.

Au temps de sa splendeur, le Maroc faisait partie de ces pays de pirates qui régnaient dans la Méditerranée et répandaient partout la terreur par l’audace de leurs expéditions et la cruauté avec laquelle ils traitaient leurs esclaves. On pouvait alors parler d’une flotte marocaine, et les États européens, jusqu’à la Scandinavie, devaient consentir à payer au sultan un tribut annuel pour que leurs navires pussent fréquenter sans danger la Méditerranée. Quelques puissances ont payé ce tribut, sous forme de présents, jusque très avant dans notre siècle. Ces temps sont passés pour toujours : le seul bâtiment arborant encore aujourd’hui le pavillon rouge-vif du Maroc est le bateau de la Santé dans le port de Tanger.

Les relations des ports entre eux et avec l’Algérie leur voisine, ainsi qu’avec l’Espagne et l’Angleterre, assez rapprochées du Maroc, sont assurées exclusivement par des compagnies de navigation européennes, dont beaucoup y touchent dès aujourd’hui.

Le Maroc a ses monnaies à lui, mais les pièces espagnoles y sont plus répandues. On reçoit partout le douro d’Espagne et la peseta, ainsi que les pièces de 2 et de 2 1/2 pesetas, toutes très communes. Les pièces de 5 francs françaises le sont aussi. La différence entre un douro d’Espagne et un napoléon s’élève à 1 réal vellon. Les pièces de 20 francs françaises circulent également. Le thaler de Marie-Thérèse n’est pas en usage au Maroc, pas plus que dans le Sahara occidental, tandis que les monnaies espagnoles ont cours jusqu’à Timbouctou.

Il existe des monnaies d’argent indigènes, quoiqu’elles ne soient pas fort nombreuses. Elles sont de forme carrée et ont environ la valeur d’une pièce de 50 centimes.

Dans les petites transactions la monnaie de cuivre marocaine, flous, joue un grand rôle ; il y en a des quantités énormes. Ce sont des pièces de cuivre fondu, d’un mauvais travail ; sur l’une des faces sont inscrits le lieu de la fabrication et l’année ; sur l’autre, un monogramme, le sceau de Salomon bien connu, qui sert fréquemment à l’ornementation (le Chalsem Sidna Sliman). Les Marocains se servent, on le sait, des chiffres en usage chez nous, qu’ils ont pris aux Portugais ; nous les nommons arabes, quoique les Arabes d’Orient ne les connaissent point d’ordinaire et se servent d’autres signes, qu’ils nomment chiffres hindous.