Au Maroc l’hygiène est négligée de la manière la plus grave. On ne se préoccupe en rien de l’entretien des villes, et, quand on pénètre dans celles de l’intérieur, on rencontre assez souvent, sur les places, des cadavres d’animaux en putréfaction. C’est vraiment un contresens que le Maure, si finement doué pour la décoration de ses appartements, pour l’élégance des vêtements, et surtout enclin à une vie tranquille, distinguée et digne, ne s’occupe pas de la bonne tenue des villes, quand ce ne serait cependant que par pure esthétique.
Les conduites d’eau qui existent dans la plupart des villes ne servent pas à leur propreté ; leur disposition et la manière dont on en use sont, au contraire, telles, qu’elles seules rendent l’eau désagréable et malsaine. Il n’existe, à ma connaissance, de bains publics qu’à Fez et à Marrakech.
Dans cette dernière ville, un petit quartier situé en dehors de l’enceinte reçoit les lépreux ; je n’ai pas constaté que cette maladie fût particulièrement fréquente au Maroc. On n’a aucun moyen curatif contre les ophtalmies, qui ne sont pas rares, et elles empirent de telle sorte que souvent la cécité en est la conséquence.
Il y a des cas de folie ; si le pauvre être qui en est atteint est tranquille, on le laisse circuler librement ; mais les fous furieux sont jetés en prison comme de vulgaires criminels, y sont enchaînés et ne tardent pas à mourir.
Dans tout l’empire il n’y a pas un seul hôpital public subventionné par l’État ou par une ville ; à Tanger seulement, la colonie européenne en entretient un, qui est attenant à l’église de la Mission espagnole et ne reçoit que les Européens tombés malades dans le pays.
La chimie enseignée dans les écoles supérieures du Maroc n’est qu’une véritable alchimie, comme elle florissait chez nous au moyen âge ; son principal but est encore de produire de l’or ou d’en faire avec d’autres métaux. Les serpents, les scorpions, d’autres reptiles y jouent un rôle.
L’astronomie est toujours aussi au point où elle était au moyen âge et se borne à la connaissance des constellations ; tandis que les mathématiques enseignent seulement à mesurer les figures géométriques et à déterminer les hauteurs solaires.
On s’occupe également d’architecture ; comme on le sait, les Arabes ont y obtenu de grands résultats : ils bâtissent encore aujourd’hui d’après les mêmes règles et le même style qu’il y a des siècles.
La philosophie et la poésie sont étroitement unies à la religion et ont pour base le Coran. Des jeux de mots, joliment écrits, toutes sortes de figures formées de signes d’écriture, qui reproduisent un verset du Coran ou une sentence mystique, quand on a deviné leur sens, sont les thèmes favoris des poètes. Les lettrés du Maroc ne font plus de poèmes épiques ou lyriques, ou de drames ; il n’y a pas de théâtre, et le peuple s’amuse des récits de conteurs ambulants, qui tirent leurs sujets d’Orient, des contes des Mille et une nuits, etc.
La jurisprudence et le droit marocain reposent uniquement sur les lois ajoutées au Coran. Le Maroc moderne n’a pas d’historiens. Les sciences naturelles y sont inconnues, ou réduites à la connaissance de quelques plantes médicinales.