VUE GÉNÉRALE DE FEZ.

Fez se divise en deux parties, séparées par une profonde coupure : Fez el-Djedid, Nouveau-Fez, qui est situé sur le plateau, et dans lequel se trouvent les bâtiments fort étendus appartenant au sultan, et Fez el-Bali, la vieille ville, qui est en contre-bas. Le climat y est sain, comme du reste dans la plus grande partie du Maroc, et n’est exposé à aucun extrême de chaleur ou de froid. Quand des maladies surviennent dans la vieille ville, partout très peuplée, cela tient à la négligence de la population et à sa densité. Les céréales de la zone nord poussent à Fez comme les amandiers, les orangers, les grenadiers, les figuiers et les dattiers du sud, et on ne peut que s’étonner quand on voit une culture aussi primitive donner de si riches moissons. Les parties les plus élevées de Fez sont riches en jardins luxuriants, et en dehors de la ville il y a des bois d’olivers et d’orangers très étendus. L’Arabe a un certain goût pour le jardinage, mais la plupart de ses jardins sont négligés, comme tout l’est du reste au Maroc. On y voit partout les traces du passé, et la génération actuelle serait entièrement incapable de construire un système de canalisation aussi bien entendu que celui possédé par Fez de toute antiquité. S’il est un peuple qui vive d’un passé grand et glorieux, c’est assurément le peuple arabe ; il est trop incapable pour trouver quelque chose de nouveau, trop aveuglé pour accepter les progrès de la civilisation occidentale, et ne sait même pas conserver les restes d’une période de progrès relativement considérables.

Fez atteignit l’apogée de sa grandeur pendant le moyen âge ; c’était alors un centre de vie intellectuelle et il s’y trouvait des écoles savantes et des bibliothèques ; il pouvait avoir quatre cent mille habitants. On prétend que la ville fut fondée en 808 par Edris ben Edris, fils d’un descendant du Prophète, Mouley Edris, qui avait été banni de son pays. Fez signifie hache ; le géographe arabe Ibn Batouta raconte que dans les premiers travaux de sa fondation on y trouva une hache et que le nom de la ville vint de là. Les Arabes ont toujours su placer leurs villes aux points où les conditions commerciales et stratégiques étaient le plus favorables. De Fez trois bonnes routes conduisent à des points importants : l’une à la Méditerranée, l’autre vers l’océan Atlantique, et la troisième, par des cols praticables de l’Atlas, dans le groupe d’oasis bien peuplé du Tafilalet ; en outre il existe vers l’est, du côté de la frontière algérienne, une certaine circulation à travers un pays montagneux. Si de plus on tient compte de l’habile emploi de la rivière et des fortifications naturelles, énormes pour l’époque, qui protégeaient la ville, on comprend que Fez, où de savants et victorieux sultans établirent leur résidence, soit devenue bientôt un centre puissant pour le monde du Maghreb.

Fez est entouré d’un double mur très haut : celui de l’extérieur, garni de créneaux, a plus de 30 pieds de haut ; celui de l’intérieur est un peu moins élevé ; à de certains intervalles sont des saillants plus forts en forme de tours. Au nord comme au sud de la ville se trouve un bastion de construction plus solide, qui était jadis armé de canons. Les murs de la ville aussi bien que les maisons sont construits en briques cuites et plates, ou en un mélange de chaux, de gravier et d’argile, qui forme une masse très solide quand elle est fortement et longtemps battue. Toutes ces fortifications seraient naturellement tout à fait insuffisantes s’il s’agissait d’une guerre avec une puissance européenne ; elles montrent partout des éboulements, des fissures et d’autres signes de vétusté, que l’on ne se donne pas la peine de réparer.

Les portes puissantes qui donnent accès des divers côtés dans la ville sont gardées et fermées la nuit. Il y en a sept ; un jeune étudiant arabe, neveu de mon compagnon Hadj Ali, me donna leur nom :

1o Bab el-Fetouh[9], d’où l’on va vers Taza, Oujda et Tlemcen ;

2o Bab Sidi-Fadjidah, d’où l’on va vers Lehyayïn et Ouled el-Hadj, ainsi que chez les tribus des montagnes ;

3o Bab el-Habis[10], d’où l’on va vers Ksâr et Tanger ;

4o Bab el-Mahrouk[11], d’où l’on va vers Meknès (Méquinez) ;

5o Bab bon Djeloud, d’où l’on va vers Maoula-Yacoub et Zarhoun ;