6o Bab el-Hadid[12], d’où l’on va chez les Berbères de l’Altas ;

7o Bab el-Djedid[13], d’où l’on gagne Safr et Samra, dans l’Atlas.

La ville consiste en trois grands quartiers, divisés chacun en six districts ; chaque district a un chef, qui s’occupe de son administration. Ce dernier détient les clefs des bâtiments appartenant au sultan dans son cercle, et surveille avant tout la distribution de l’eau dans les maisons et les jardins, qu’il peut arrêter ou ouvrir suivant le niveau qu’elle atteint. Les grands quartiers se nomment : el-Andalouss, el-Kamtyin et el-A’âdouyin (les Ennemis) ; le premier, comme son nom l’indique, a été fondé et peuplé par les Arabes bannis d’Espagne.

Les dix-huit districts et leurs chefs étaient les suivants en 1880 :

1oEl-Mokalkilin (les Bègues) ; chefEl-Hadj Mouhamed Bennis.
2oBas el-Djenenat (la Tête des Jardins)El-Meskoudi.
3oLaayounEl-Sidi Mouhamed el-Bagdadi.
4oEchzamBen Hedoua.
5oLekouassFaddoul el-Bour.
6oEl-AdouEl-Assad.
7oDarb el-Cheikh (Chemin du Cheikh)Omar Maklouf.
Darb el-Michmich (Chemin des Abricots)
8oEl-KeddanSmoud.
9oLeblid et Darb el-TaouïlBen Kiran.
10oFoundaq el-Yahoud (Juifs)El-Zizi.
11oEl-Sajat (orfèvrerie) et EskirHadj Mouhamed.
12oAïn el-Chaïl (Source des Chevaux), et Darbel-Remman (Chemin des Grenadiers)Ahmed Diban.
13oEl-Charbilyin (les Cordonniers)Mouhamed Betar.
14oGuernisEl-Lâbi.
15oEssouaket ben Safi et Darb el-Ma (Chemin desEaux) Abd errahmanOmar el-Haouass.
16oEl-Kasba (la Citadelle), entre Fez el-Djedid(Nouveau-Fez) et
17oFez el-Bali (Vieux-Fez), près de BabBouchloud
18oSouk el-Khamis (Marché du Jeudi).Hadj el-Ghaliel Arfaouï.

Les chefs de district sont directement responsables devant le caïd de Fez ; c’est aussi leur devoir de recueillir les impôts dans leur district et de les remettre au gouvernement. Ils ont probablement une liste des habitants domiciliés dans leurs quartiers, d’après laquelle on pourrait déterminer approximativement le nombre des habitants. Si une liste de ce genre existe, elle ne doit comporter que les noms des pères de famille indépendants, sans donner le nombre des enfants et des esclaves.

Le chiffre de la population mahométane résidant à Fez doit s’élever à environ cent mille. Le noyau en est constitué par ce que nous nommons les classes moyennes, c’est-à-dire par les marchands et les artisans. Il consiste en Maures, mélange d’Arabes, surtout de ceux bannis d’Espagne, et de la population berbère primitive du pays. On les remarque à la couleur claire de leur peau et à leurs beaux traits distingués : ce sont des marchands habiles, tranquilles et dignes dans leur conduite ; ils forment la bourgeoisie pacifique et payant les impôts. Les couches inférieures de la population, les ouvriers, les portefaix, les petits marchands, sont en grande partie des Nègres esclaves libérés, des métis de Nègres et d’Arabes, et les plus hautes castes, des fonctionnaires jusqu’au sultan inclus, sont composées principalement des gens de couleur. Quelques gouverneurs sont de pur sang nègre, et ont dû leur poste à un caprice du sultan, dont ils sont, par suite, les créatures et dont ils dépendent complètement.

Tout Européen qui arrive au Maroc est surpris de la dignité tranquille et pleine de distinction que montrent les Maures dans leur attitude. Leur tête, d’ordinaire belle et pleine de caractère, couverte d’un grand turban blanc comme neige, a certainement quelque chose de sympathique. Leur vêtement est très seyant. Sur un cafetan fait de drap brun ou rouge ils savent draper avec une habileté extraordinaire le fin haïk, grande pièce semblable à une toge, d’étoffe légère et fine, de couleur écrue qui est jetée sur tout le corps, et même sur la tête ; ce haïk est embarrassant à porter, car il gêne la liberté et la rapidité des mouvements ; mais les Maures regardent tout mouvement rapide comme inconvenant et ils se meuvent toujours avec une grandeza[14] paisible. En voyage on ne porte pas d’ordinaire ce vêtement, mais un large manteau de fin drap bleu, le burnous, qui est muni d’un capuchon. Les pantalons, qui descendent jusqu’aux chevilles, sont également en drap ; les Maures ne portent pas de bas, sauf à Tanger et dans quelques autres ports, mais seulement des pantoufles jaunes. La population pauvre est naturellement beaucoup plus simplement vêtue ; elle se contente d’une chemise et de culottes de toile, recouvertes d’une djellaba de coton écru, ou d’une étoffe rayée de couleur sombre et plus solide, et enfin d’un turban blanc très simple. Les Maures ont l’habitude de se faire raser entièrement la tête ; la barbe est portée longue, mais la moustache est écourtée. Le vendredi, ils prennent d’ordinaire un bain et se font couper les cheveux. Il est étonnant que des gens dont les vêtements sont surtout blancs, et qui paraissent par suite si propres et si soignés, n’aient aucun goût de propreté pour leur ville, et qu’il leur soit indifférent de voir tout près d’une maison proprement tenue un tas d’immondices avec des cadavres d’animaux en putréfaction, dont ils doivent supporter le voisinage chaque jour. Tous les soins de propreté se concentrent à l’intérieur des maisons ; chacun cherche à s’y installer aussi bien que ses moyens le lui permettent, et s’inquiète fort peu de ce qui est en dehors d’elles. Le revêtement du sol et d’une partie des murs avec de petites faïences disposées en échiquier donne à lui seul aux maisons un aspect de propreté ; les beaux tapis, les coussins richement brodés, les tentures de velours, bariolées et ornées de broderies d’or, qui sont appliquées aux murs, donnent aux appartements un aspect très élégant. Ceux des femmes surtout, dans les maisons des Arabes aisés, sont décorés avec un grand luxe.

Dans aucun État mahométan, les femmes ne sont aussi complètement séparées du monde extérieur qu’au Maroc. Aussitôt qu’elles quittent la maison et qu’elles pénètrent dans la rue, elles ressemblent plutôt à une poupée se mouvant pesamment qu’à une créature humaine. Leur visage est enveloppé de drap blanc, ne laissant libres que les yeux : tout leur corps est caché dans une grande pièce d’étoffe en forme de drap de lit ; de sorte qu’on ne voit de la créature ainsi affublée que les yeux et des pantoufles rouges ; tout le reste est étroitement couvert. Les femmes de la population pauvre des campagnes, de même que les esclaves nègres, sont seules moins enveloppées. On voit rarement un homme s’adresser à une femme dans la rue : cela passe pour inconvenant. L’Européen qui arrive au Maroc doit se garder d’examiner les femmes qu’il rencontre ; il fait bien, au contraire, de se détourner d’elles ou de les éviter. Au début, j’avais le désir, fort compréhensible, d’apercevoir quelque chose des visages ainsi voilés ; mais je fus bientôt averti par quelques amis arabes de l’inconvenance de ma conduite. Toutes ces habitudes tiennent à la situation subordonnée de la femme ; de même qu’à la maison elle ne peut manger avec son mari, de même on tient pour indigne d’un homme de circuler avec une femme sur une voie publique.

En général, les femmes des habitants des villes du Maroc ne sont pas particulièrement belles. J’ai dû à la circonstance d’avoir pris Sidi Hadj Ali pour interprète et compagnon, de voir souvent des femmes marocaines dans leur costume d’intérieur, si riche mais si pesant. Non seulement j’ai fait avec mon compagnon beaucoup de visites chez les Maures dans Fez et dans d’autres lieux, mais souvent les femmes venaient elles-mêmes dans ma maison, pour se faire écrire des amulettes par lui, car il avait réussi à se donner un certain relief comme chérif. Souvent aussi je dus faire office de médecin. J’ai trouvé le plus grand nombre des femmes petites et très corpulentes, par suite de leur vie oisive ; dans leur première jeunesse on ne peut nier chez elles une certaine beauté, provenant surtout d’yeux noirs et brillants ; mais cette beauté orientale a pour l’homme du Nord quelque chose d’étrange et d’incompréhensible ; elle parvient bien à attirer un moment, mais elle n’enchaîne pas. Aussitôt que les femmes, après des mariages très précoces, ont eu un ou deux enfants, elles se fanent rapidement et doivent faire place à de plus jeunes.