2. « Honneur à notre peuple musulman, qui a reçu de la Providence Toute-Puissante un domaine sans limites.
3. « Si Dieu le veut, il chassera de vous, habitants de sa Maison, les mauvais esprits et vous purifiera. Tout cet édifice[17] le jeudi de l’année 306, le premier du mois Rabi du Prophète.
4. « Honneur au seul et unique Dieu. Il n’y a rien d’éternel que son Empire. »
D’après cette inscription, la mosquée aurait été fondée en 918.
Les quatre lignes qui précèdent sont, paraît-il, inscrites sur la plaque dont j’ai parlé ; en outre, sur chacun des côtés de cette inscription est un vers ; malheureusement le jeune Edris ne me donna pas le texte de ces quatre dernières lignes.
Il est bien à regretter que les Marocains soient si défiants quand on veut se renseigner au sujet de leur pays ou de leur religion. Je suis persuadé que, pour copier ces vers, le jeune étudiant eut des difficultés à examiner cette plaque écrite, qu’il n’est pas facile d’atteindre. Ainsi qu’il me le dit, il le fit alors qu’il se trouvait seul dans la mosquée ; il n’eut pas sans doute pareille occasion de copier les quatre autres lignes, plus difficiles à lire.
Il était inutile de rechercher les restes de ces antiques faïences mauresques, de ces vases et de ces assiettes à reflets métalliques si particuliers, qui sont aujourd’hui conservés comme des raretés de prix dans les musées. Le peu que les Arabes chassés d’Espagne ont apporté avec eux au Maroc a été recueilli par les différentes ambassades des puissances européennes que le Maroc a eu l’occasion de voir se succéder rapidement depuis le début de ce siècle. S’il se trouve encore des restes de ces anciennes œuvres d’art, pleines d’originalité et de goût, ce ne peut être qu’en Andalousie. Il est vrai que le touriste trouve à Grenade, chez les marchands d’antiquités, une foule de « vieilles faïences mauresques », mais elles ont leur patrie d’origine à Paris ou à Londres.
A Fez les artisans et les fabricants sont partagés en quartiers. Dans un quartier de ce genre il y a un ou plusieurs grands foundaqs, c’est-à-dire de grands bâtiments appartenant à l’État, et pourvus de magasins, d’ateliers, d’écuries, de logements, etc., pour la corporation, de même que des bazars, ruelles étroites pleines de petites boutiques. Il y a donc des quartiers et des foundaqs d’ouvriers en cuir, de menuisiers, d’orfèvres, de fabricants d’armes, etc. Le bazar principal se trouve au milieu de la ville : c’est un grand bâtiment, partagé en différentes cours avec de petits comptoirs sans nombre, il y règne toujours une très grande activité ; comme chaque marchand y a sa place déterminée, on y traite de toutes les affaires, et le bazar remplace les cafés de certaines villes, où se donnent les rendez-vous. Du reste, dans chaque bazar de Fez existent des cafés volants, c’est-à-dire de petits fourneaux mobiles, sur lesquels on prépare du café noir très fort, qu’on vend dans de toutes petites tasses. Je me suis souvent assis pendant des heures dans le comptoir d’un Arabe de mes amis, en prenant une tasse de moka et en contemplant la vie et l’activité qui régnaient dans le bazar.
Le séjour de ma glaciale maison de Fez m’était assez pénible, et, aussi souvent que je le pouvais, je la quittais pour me promener dans la ville ou aux environs. Mais cela me devint à la longue fort désagréable ; car j’avais toujours avec moi un soldat, ce qui me donnait l’air d’un prisonnier. J’avais engagé un ménage juif, qui s’occupait de notre cuisine, de sorte que nous nous trouvions à la fin beaucoup mieux que dans les premiers jours de notre séjour. Mon machazini de Tanger ainsi que mon loueur de chevaux israélite de la même ville s’en retournèrent bientôt ; le dernier, à sa grande satisfaction, reçut ses frais de retour, outre le prix convenu. Je pus renvoyer des lettres et des collections à Tanger, et je dus bientôt penser aux moyens de partir de Fez. Je demandai une audience au premier ministre, mais il était malade, de sorte que je ne pus également être présenté au sultan, ce qui me contraria beaucoup moins que mes compagnons. Souvent j’assistais aux exercices des soldats sur la grand’place en dehors de la ville ; les gens habitués aux manœuvres des régiments européens pourraient à peine garder leur sérieux devant un pareil spectacle. Comme chez nous, ces exercices excitaient le plus vif intérêt de la population féminine des classes inférieures, et une foule de femmes s’assemblaient en plein air pendant des demi-journées entières, pour regarder, la tête cachée sous leurs grands mouchoirs, les militaires vêtus de rouge vif.
Le 3 janvier, un courrier vint de Tanger porteur d’un paquet de livres et de journaux, que j’accueillis avec la plus grande joie. J’achetai dans les bazars les articles les plus variés, que j’espérais utiliser plus tard comme présents, et que j’eus de meilleure qualité et à plus bas prix que nulle part au Maroc. C’étaient surtout des haïks, grands manteaux de drap en forme de toges, pour les hommes ; puis de petits mouchoirs de soie ; des bonnets rouges, nommés fez ou tarbouch ; du bois odoriférant ; de l’essence de rose dans de petites bouteilles de verre scellées, etc.