Le massif de l’Atlas est caractérisé surtout par sa longueur en ligne droite ; il n’y en a aucun en Europe qui en ait une semblable. Cela ne s’applique, du reste, qu’à la partie marocaine de ces montagnes. A l’est du nœud montagneux du djebel Aïachin, elles se fondent en un plateau ondulé, pour se transformer de nouveau plus tard en une suite de montagnes moins hautes qui atteignent la Méditerranée en Tunisie. Du cap Noun sur l’océan Atlantique jusqu’au cap Bon sur la Méditerranée, ce système montagneux a une longueur de 2300 kilomètres, dont 1050 dans le Maroc, 950 en Algérie et 300 en Tunisie. (Voir Chavanne, l’Afrique vue de nos jours.)

Le nom d’Atlas n’est aujourd’hui nulle part en usage en Afrique ; les Arabes n’ont même pas de nom pour désigner l’ensemble de ces montagnes, mais donnent une appellation à chacune de leurs parties, les pics particulièrement hauts, les cols, les vallées, etc. Au contraire, les Chelouh appellent le pays Idrar-en-Drann, d’Adrar, « montagne ». L’Atlas marocain consiste en un certain nombre de vallées longitudinales très étendues, et cette forme est beaucoup plus répandue que celle des vallées transversales. Il existe peu de ces dernières ; elles sont courtes, étroites et découpées peu profondément.

On doit remarquer, au sujet de la constitution géologique, que vers le nord les couches les plus récentes sont les plus développées, tandis qu’au sud les formations les plus anciennes dominent ; l’Atlas n’a donc pas une construction symétrique, comme en quelque sorte les Alpes, où les terrains récents se groupent autour d’un noyau central plus ancien. Une formation de grès rouge joue dans l’Atlas occidental un rôle très important : jusqu’ici on n’a pu déterminer très exactement son âge. Par contre, dans les montagnes du Rif, sur la côte nord africaine, les couches les plus anciennes paraissent être voisines de la mer, et les plus récentes se montrent vers le sud.

Entre ces deux chaînes de montagnes s’étendent les plateaux fertiles de l’Algérie, et ce n’est qu’à l’ouest de l’Algérie et à l’est du Maroc que des groupes de montagnes moins hautes réunissent par une sorte de chaîne transversale les deux grandes chaînes et séparent la plaine basse du Gharb marocain ou Tell algérien de la région des steppes[21].

Comme je l’ai déjà fait remarquer plusieurs fois, l’Atlas marocain s’élève lentement en partant du nord, et descend rapidement vers le sud. Mais il faut tenir compte aussi des chaînes de hauteurs situées au delà de l’oued Sous et que l’on a nommées l’Anti-Atlas. Tout y est inversement disposé. La pente nord est très escarpée et consiste dans les mêmes roches que le versant méridional de l’Atlas. Vers le sud, l’Anti-Atlas descend peu à peu et se perd en une quantité de chaînes de collines, devenant de plus en plus basses et plus adoucies. Comme la vallée de l’oued Sous, l’oued Noun forme également une coupure profonde, mais moins large, dans les terrains paléozoïques de l’Anti-Atlas. A ces couches se rattachent les formations peu inclinées du calcaire carbonifère du Sahara nord, qui descendent profondément vers le sud, jusque dans la région où le granit et les éruptions de porphyre forment les limites du véritable désert de sable, dans lequel n’existe pas un caillou ; ces couches carbonifères reparaissent profondément vers le sud, à la descente dans la vallée du Sénégal ; elles constituent là le plateau el-Hodh.

Parmi les nouveaux travaux géologiques, les observations de Ball, pendant son voyage avec l’expédition d’Hooker dont j’ai parlé, sont les seules à remarquer, ainsi que les recherches de von Fritsch et de Rein. Ces observations n’ont pu être qu’isolées ; mais elles ont une valeur d’autant plus grande qu’à leur défaut on ne connaît presque rien de l’Atlas marocain.

Les montagnes du Rif, qui consistent surtout en massifs isolés et en chaînes, et qui vont de Tétouan sous différents noms jusqu’au Tell algérien, pour finir au cap Sidi-el-Hadj-Mbarek, ne paraissent pas se relier à la véritable chaîne de l’Atlas : le nom de Petit-Atlas, donné par les Français à quelques-uns de ces groupes de montagnes, ne peut pas indiquer que le Rif est simplement une aile du grand Atlas placée un peu au nord de lui et moins puissante.


CHAPITRE X

TAROUDANT ET L’OUED SOUS.