A Taroudant il y a trois mosquées, dont l’une se trouve dans la kasba. L’eau est tirée des puits, qui sont nombreux ; il n’y a pas de moulins, car la ville est loin de toute rivière. Les objets en cuir et en fer sont les articles d’industrie les plus importants ; jadis les objets en fer venant de Taroudant avaient surtout une grande renommée. Il y a dans le sud de la ville une grande fabrique de salpêtre, qui sert à faire de la poudre, que l’on produit en grandes quantités dans l’oued Sous ; le soufre vient d’Europe et est transporté de Mogador par des animaux de bât. Non loin de cette fabrique se trouve la mellah.

Gatell estimait de son temps les habitants à 8300 âmes, y compris les Juifs ; aujourd’hui ils ne sont pas plus nombreux. La ville produit une impression de vide et d’abandon, et ses rues, qui ne sont pas trop étroites, sont désertes.

Pendant mon séjour le sultan n’avait pas d’amil, mais seulement un chalif, qui habitait dans la kasba. Ce fonctionnaire ne possédait d’ailleurs aucune influence sur la ville ; c’était le cadi dont j’ai parlé plus haut qui conduisait toutes les affaires.

Les habitants, en général rudes et peu bienveillants envers les étrangers, ne reconnaissent que malgré eux l’autorité du sultan et se révoltent à toute occasion ; au Maroc on a souvent dit qu’il allait se rendre dans l’oued Sous avec une grande armée pour rétablir l’ordre. Lors de mon passage, un de ses secrétaires se trouvait là afin de se rendre compte de la situation de ce pays.

La position de Taroudant est très favorable, au milieu d’une plaine étendue et extrêmement fertile ; il est aisé de comprendre que jadis, quand un gouvernement bien établi et puissant dominait ici et quand l’oued Sous formait un petit pays indépendant, le commerce et l’industrie y aient été prospères, et que par suite les sciences aient pu aussi y être étudiées.

Jeune Marocain de l’oued Sous.

L’oued Sous est très bien cultivé et sillonné presque partout de canaux d’irrigation ; de cette façon on prend beaucoup d’eau aux rivières, et c’est ainsi qu’il y a de nombreux oueds desséchés. D’ordinaire la moisson se fait au mois d’avril. On voit çà et là de grands magasins appartenant à un village ou à un groupe de maisons. Il y a également de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. On n’y trouve pas de nomades et de douars ; tous les habitants sont sédentaires et se construisent de grandes et solides maisons. L’agriculture est pratiquée de la façon la plus primitive, comme il était de mode il y a des milliers d’années ; l’industrie est dans un état analogue, car on fabrique encore les mêmes couteaux, les mêmes poignards, les mêmes poires à poudre et les mêmes fusils que jadis. On s’entend à orner les fûts de fusil de magnifiques incrustations d’ivoire et d’argent, et l’on décore également leurs canons. Ceux du bourg de Titli passent pour les plus beaux. Au Maroc on ne fabrique plus qu’à Tétouan les belles et longues armes de ce genre.

Les objets caractéristiques de l’industrie du Sous sont les courts poignards recourbés, les goumiah, dont les fourreaux en bois sont garnis de laiton, de zinc ou d’argent sur lequel sont ciselées quelquefois de magnifiques arabesques. Maintenant les lames viennent souvent d’Angleterre et en portent les marques de fabrique. Ces poignards sont fabriqués en grande quantité, et il n’y a aucun homme qui ne porte une pareille arme, très incommode du reste, attachée à un épais cordon de soie ; les plus pauvres en ont dont les fourreaux sont tout en laiton ; la plupart sont incrustés d’argent sur une des faces ; ils sont rarement recouverts d’argent des deux côtés.

Malgré la richesse métallurgique du versant de l’Atlas, dans le Sous on fabrique extrêmement peu de métaux et presque tout le fer et le cuivre viennent d’Europe.