Le véritable oued Sous, dont l’oued Raz forme les limites vers le sud, aussi bien du côté du pays de Sidi-Hécham que vers l’oued Noun au sud-ouest, est habité surtout par deux grandes tribus : les Chtouga et les Howara. Les premières comprennent seize familles : el-Mesegouina, el-Ksima, oued Amira, Aït Bou Taïb, Aït Boukou, Aït Bou Lesa, Aït Yaza el-Garani, Ida Oulad Bouzea, Aït Lougan, Aït Mouça, Aït Amer, Aït Melek, Aït Adrim, Konza, Ida Garan. Les Howara se divisent en sept familles : Oulad Karroum, Oulad Taïsna, Oulad Saïd, Oulad Arrou, el-Kofaïfat, Oulad Chelouf, Aït Iquaz.
Aujourd’hui il n’est plus possible de distinguer nettement les Berbères des Arabes, car les deux races se sont mêlées. On peut dire en général que les Howara sont des Arabes, et les Chtouga des Chelouh, ainsi qu’il apparaît des noms des familles qui précèdent (oulad, « fils », se dit en berbère aït).
Le manque de tranquillité dont j’ai parlé déjà, l’anarchie, les combats perpétuels des tribus entre elles, généralement suite de vols et de pillages, empêchent ce pays de prospérer et d’occuper la situation qu’il mériterait par sa position favorable.
L’oued Sous, l’oued Noun et le pays de Sidi-Hécham sont également la patrie des nombreux jongleurs, charmeurs de serpents, danseurs, acrobates, etc., qui rôdent dans le Maroc et que l’on rencontre presque à chaque soko. Les prestidigitateurs font les tours connus en Europe et qui sont basés sur leur dextérité et sur l’entente avec un compère ; les jongleurs se servent d’ordinaire de grands fusils, de couteaux et de poignards. Les charmeurs de serpents, qui sont toujours, comme les autres, accompagnés de quelques tambours ou musiciens, emploient pour leurs représentations différentes sortes de serpents. Ils apprivoisent les inoffensifs Zamenis hippocrepis et les dressent à sauter en quelque sorte au son d’un instrument ; ils font aussi les mêmes tours d’adresse avec le serpent à lunettes (Cœlopeltis insignitus, Geoffr.) et même avec la dangereuse Vipera arietans, Merr. Ils excitent très violemment ces animaux avant la représentation et leur donnent à mordre un morceau d’étoffe de laine, de sorte qu’ils y laissent le venin qu’ils ont sécrété. Souvent aussi ces charmeurs transportent des boîtes qui contiennent des scorpions ; ils les renversent et rattrapent avec une extraordinaire dextérité ces animaux, qui sont très agiles.
Beaucoup des Arabes qui voyagent en Europe sont originaires de ces pays ; ils ont en quelque sorte pour patron le grand saint Sidi Mohammed ben Mouça, et, en faisant leurs exhibitions, ils prononcent fréquemment ce nom. Le peuple du Maroc voit toujours avec plaisir des représentations de ce genre et paye les artistes en leur jetant de la monnaie de cuivre (flous).
J’ai cité à diverses reprises les forêts d’argan, qui sont si caractéristiques pour le pays au sud de l’Atlas. En Allemagne on a très peu de renseignements sur cet arbre remarquable, de sorte que les plus importantes données, recueillies par le célèbre botaniste anglais Hooker dans son excellent Journal of a tour in Marocco and the Great Atlas (dont il n’existe aucune traduction allemande), peuvent être reproduites utilement ici.
L’arbre d’argan (Argania Sideroxylon, Sideroxylon spinosum, Rhamnus siculus, Rhamnus pentaphyllus, Elæodendron Argan) est considéré, avec raison, comme le végétal le plus intéressant du Maroc, car il est limité à ce pays, et appartient à une famille de plantes exclusivement tropicales ; il fournit aux habitants un précieux objet d’alimentation et donne un bois des plus durs et des plus solides. Les premières indications au sujet de cet arbre sont dues au célèbre voyageur Leo Africanus, qui visita le Maroc en 1510. Il rapporte que de ses noix les habitants expriment de l’huile, dont ils se servent aussi bien pour l’alimentation que pour l’éclairage.
L’argan croît volontiers sur les collines sablonneuses et atteint un âge avancé ; il en existe qui sont plusieurs fois séculaires et dont le fût a 26 pieds de tour : la formation des branches commence déjà à 3 pieds du sol. On plante souvent ces arbres en mettant des semences en terre, en les recouvrant d’un peu d’engrais et en les arrosant abondamment jusqu’à ce qu’ils commencent à pousser ; alors ils n’ont plus besoin d’autres soins.
Trois à cinq ans après, les argans portent des fruits, qui mûrissent de mai à août, suivant les localités. Leurs racines s’étendent au loin sous terre, et des rejetons apparaissent également dans leurs intervalles. Quand le fruit mûrit, on mène sous les arbres les troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres ; un homme frappe les branches avec un bâton et fait tomber les fruits, que les animaux mangent avidement. Le soir on les rentre et ils commencent à ruminer leur nourriture : pendant cette opération, les noix sont rejetées sans avoir traversé l’estomac : on les ramasse le lendemain. Elles sont alors bien séchées : puis on en ôte les écorces, qui sont recueillies pour servir plus tard à la nourriture des chameaux.
Le procédé pour l’extraction de l’huile est très simple : les noix sont cassées avec des pierres ; les amandes sont rôties dans un plat en terre, écrasées dans un moulin à bras et ensuite mises dans une poêle. On verse un peu d’eau sur la masse, qui est fortement pétrie avec les mains, jusqu’à ce que l’huile s’en sépare : on la laisse alors se reposer. On donne aux vaches laitières les tourteaux, qui contiennent encore assez d’huile.