Négresse esclave.
Pire encore est le vice auquel s’adonnent les grands de l’empire et qui consiste à entretenir de jeunes Nègres castrats, pris d’ordinaire parmi les enfants de leurs esclaves. Cette coutume est si généralement répandue que personne ne s’en cache, et que l’Européen ne peut que s’étonner de la liberté avec laquelle on en parle et on la met en pratique.
Les Nègres esclaves ont tous embrassé l’Islam, et doivent être alors considérés comme les sujets du sultan : ce que les Chrétiens et les Juifs ne sont pas. Dans les processions religieuses du Maroc, qui se distinguent par leur sauvagerie et leur grossièreté révoltantes, les Nègres et les Négresses jouent un grand rôle ; les meilleurs éléments parmi les Maures, si délicats et si élégants en général, n’y prennent point part.
Enfin la population chrétienne, dont le nombre est très faible et qui ne doit pas dépasser quelques milliers d’âmes, est aujourd’hui presque exclusivement renfermée dans les villes de la côte. Les Espagnols dominent et sont surtout nombreux à Tanger et à Tétouan ; puis viennent les Portugais ; ces deux peuples ont entre leurs mains presque tout le petit commerce et surtout les auberges.
Les Anglais, les Français, les Allemands, etc., sont uniquement fixés comme négociants dans les ports. Quelques renégats se trouvent toujours dans l’armée marocaine. Il faut encore remarquer qu’une grande partie des Espagnols vivant à Tétouan s’occupent de l’arrachage de l’écorce du chêne-liège et que l’exportation des produits de leur industrie doit être faite en contrebande, car elle est interdite. Ordinairement les Européens n’habitent pas l’intérieur du pays ; ils se contentent de visiter les grandes villes dans l’intérêt de leurs affaires ; le corps consulaire lui-même vit, comme on sait, à Tanger, fort loin de la résidence du sultan ; un ministre marocain est spécialement chargé de se mettre en relation avec lui.
La population actuelle est donc composée de ces six éléments : Berbères, Arabes, Maures, Nègres esclaves, Juifs et Chrétiens. Comme je l’ai fait remarquer, il n’existe absolument aucune donnée qui permette de déterminer le nombre des indigènes. Toutes les estimations ne reposent que sur les calculs des voyageurs ; mes voyages au Maroc m’ont convaincu que le chiffre de 8 millions pour cet empire si étendu ne serait pas trop élevé.
ÉTAT POLITIQUE DU MAROC.
La dynastie. — A la tête de l’État se trouve le sultan, de la maison des chourafa du Tafilalet. En sa qualité de représentant du Prophète (chalif), il gouverne avec une autorité absolue, qui n’est adoucie quelque peu que par les chera, c’est-à-dire par les lois du Coran. La dynastie actuelle est nommée, comme je l’ai déjà dit, dynastie des Filali ou des Hassani, parce qu’elle descend, dit-on, de Hassan, fils d’Ali, neveu et gendre du Prophète.
Le fondateur de cette dynastie fut Mouley (Maoula) Ali, nommé simplement d’ordinaire Mouley Chérif, qui vint vers 1620, de Yambo, dans l’Hedjaz, au Tafilalet avec des pèlerins maghrébins, et qui fut reconnu sans combat comme prince du pays par les habitants.