Au début de l’époque des pluies, à la fin de mai, ou au commencement de juin, les vents changent de direction, le Sénégal et la Gambie grossissent beaucoup et très vite. Le Sénégal, qui, pendant la saison sèche, est une rivière sans importance, se change alors tout à coup en un grand fleuve aux eaux abondantes ; par places, dans les endroits où des rochers rétrécissent son cours, il forme des rapides ; il déborde même sur certains points : les plus grands navires peuvent le remonter.

Les endroits où le fleuve s’élargit beaucoup, comme le Cayar et le Panié-Foul, et qui, en été, deviennent de simples fondrières, sont alors de véritables lacs, sur lesquels de grands vapeurs peuvent naviguer. La crue s’observe même à Saint-Louis, et dans la ville elle s’élève à environ un mètre ; l’eau du Sénégal, qui est salée durant la saison sèche, devient alors potable, car les flots de l’Océan sont refoulés par le courant. Ce régime des fleuves exerce certainement une influence sur la santé de la colonie. A la suite du retrait des cours d’eau en été, il reste de larges mares boueuses, où des matières organiques se décomposent en produisant toutes sortes de maladies.

Les premières fortes pluies apparaissent ordinairement au milieu de juillet, puis deviennent plus fréquentes et se terminent en août pour revenir en septembre. En octobre elles sont plus rares et cessent peu à peu complètement. Cette saison, où les pluies diminuent et où les eaux se retirent pour laisser derrière elles des marais, est la pire de l’année ; c’est alors que se développent surtout les miasmes qui produisent la malaria (la fièvre de marais), cette plaie de toute la côte occidentale d’Afrique, du Sénégal au Benguela.

Quartier nègre à Saint-Louis.

La Sénégambie a quelque chose de plus, sous ce rapport, que les autres colonies de l’Afrique occidentale : c’est la fièvre jaune. Nulle part on ne l’observe dans cette partie de l’Afrique, sauf peut-être des cas isolés ; là au contraire, à Saint-Louis, à Dakar, à Gorée, elle s’est presque établie à demeure, et à peu près chaque année elle y fait des victimes. Souvent même elle prend le caractère d’épidémies effroyables, comme en 1878 ou, pendant mon séjour, en 1880. La fièvre jaune a certainement été introduite des Indes Occidentales. Beaucoup de fonctionnaires, d’officiers, etc., du Sénégal sont originaires des possessions des Français aux Antilles et, d’après l’expérience, ils supportent mieux le climat. Ils sont même indemnes de la fièvre jaune jusqu’à un certain point.

Population. — Sur le cours moyen et inférieur du Sénégal, et le long de la rive droite seulement, habitent, comme je l’ai dit, des peuplades maures, surtout les Trarza, les Brakna et les Douaïch ; le Sénégal forme donc en quelque sorte une limite très nette entre la Mauritanie, avec sa population arabo-berbère, et la Nigritie, avec ses Noirs. Les Maures mènent une vie nomade ; ils sont guerriers, et assez souvent les Français ont dû diriger des opérations contre eux ; en outre ils sont cruels, avides et fourbes.

Par suite de traités, à l’exécution desquels les Français tiennent strictement la main, ces trois grandes tribus habitent uniquement la rive droite du Sénégal et ne peuvent pénétrer sur l’autre qu’en des points déterminés et à certaines saisons, pour y vendre de la gomme. Il a fallu de longs combats avant que les Français réussissent à faire respecter ces stipulations.

Négresse Ouolof de Saint-Louis.