Il va sans dire que ces chiffres ne sont qu’approximatifs ; la plupart de ces pays ont été visités rarement et très rapidement par des voyageurs européens, qui ne donnent leurs évaluations que d’après l’impression produite sur eux par la répartition et la densité de la population. Dans les villes et dans les ports, au contraire, un dénombrement a été ordonné, et les chiffres qui en résultent sont plus près de la vérité.
En général, les diverses peuplades du Sénégal sont intelligentes et peu éloignées d’entretenir des rapports avec les Européens ; mais c’est le plus petit nombre qui consentent à se regarder comme sujets français. Sous ce rapport il n’y a que les Ouolof habitant aux environs de Saint-Louis qui soient réellement soumis ; au contraire, les Fouta, les Bambara et les Foulbé sont des alliés incertains, et une partie d’entre eux sont même franchement hostiles. L’abîme qui existe entre l’Islam et la civilisation apparaît ici dans tout son jour. Les Français auront encore à livrer maint combat à la population guerrière de ces pays, avant qu’ils puissent avoir la possession incontestée du Sénégal, et il est aisé de comprendre qu’à Paris les députés se lassent de toujours voter de nouvelles sommes au bénéfice des colonies de l’Afrique Occidentale. Les fonds enfouis dans des entreprises de ce genre ne donnent de revenus que très tard, et n’en rapportent souvent pas ; mais on ne doit pas partir de ce point de vue pour apprécier une politique coloniale. Il s’agit autant d’obtenir ou de conserver une situation influente dans le commerce international, que d’accomplir les devoirs moraux d’un grand peuple en répandant activement la civilisation européenne. Malgré cette phrase si souvent entendue : « la France ne s’entend pas à coloniser », ce pays a beaucoup fait déjà en Afrique, et l’on ne peut que souhaiter de voir marcher vers leur réalisation les grands projets qu’il a au sujet du Sénégal.
Historique. — Un aperçu chronologique de la colonie du Sénégal, d’après l’Annuaire qui paraît à Saint-Louis, peut trouver place ici.
Vers 1360. Découverte du Sénégal par les Dieppois.
Vers 1446. Les Portugais s’établissent sur les rives du Sénégal.
1455. Construction d’un fort portugais à Arguin.
1626. Formation de la Compagnie Normande ou Association des marchands de Dieppe et de Rouen.
1638. Le 5 février, les Hollandais s’emparent du fort d’Arguin.
1664. La Compagnie des Indes Occidentales, créée par un édit du Roi, achète tous ses établissements à la Compagnie Normande.
1672. Un édit du 9 avril force la Compagnie des Indes Occidentales à vendre tous ses établissements et privilèges à une nouvelle société qui, par lettres patentes du roi, du mois de juin 1679, prit le titre de Compagnie d’Afrique, et obtint le privilège de négocier exclusivement depuis le cap Blanc jusqu’au cap de Bonne-Espérance.