Les seules fabriques, si l’on peut s’exprimer ainsi, de tout le pays sont les tuileries et les fours à chaux dans le voisinage de Saint-Louis et de Dakar : le sol argileux et la masse de coquilles d’huîtres que l’on trouve aux environs de Saint-Louis permettent une production facile de tuiles et de chaux.

Comme gens de métier, il y a dans les villes des menuisiers, des maçons, des calfats, des tisserands et des forgerons. On y trouve également des orfèvres fort habiles, et leurs produits, fabriqués avec des outils très primitifs, ont une certaine originalité et indiquent un goût fin.

Le tissage est exclusivement pratiqué par les Noirs : ils sont assis, à quinze ou vingt, sous des nattes et travaillent à des bandes étroites de cotonnade, ayant environ deux mètres de long et que l’on coud ensemble pour faire les tobas bleues en usage là-bas.

Le Sénégal possède, dans les pays de Bambouk et de Tambaoura, des terrains aurifères, jadis exploités par le gouvernement et abandonnés ensuite à cause du climat très malsain des environs du poste de Kéniéba, qui y avait été élevé. L’or se trouve disséminé à l’état de pépites dans des sables d’alluvion, ainsi qu’en filons dans le quartz et l’argile schisteuse. Pendant la saison sèche les Noirs creusent des trous profonds de 7 à 8 mètres, et les femmes lavent la terre qui en est retirée, d’une façon très simple, avec des calebasses, ce qui rend le produit très minime et fait perdre beaucoup d’or. Comme je l’ai déjà remarqué, Saint-Louis possède une industrie d’orfèvrerie très développée ; les Noirs ont des modèles pleins d’originalité ; des anneaux, des papillons, des croix, des étoiles, des élytres d’insecte enchâssés, des pendants d’oreilles, des amulettes, etc., traités généralement à la manière du filigrane, peuvent être achetés là en grandes quantités. Ces objets sont vendus au poids ; on compte le gramme d’or à 14 ou 15 francs, et l’on ajoute comme prix de façon 25 pour 100 de la valeur du métal.

On dit qu’aux environs de Bakel il existe du mercure à l’état natif, en gouttelettes ; les indigènes les rassemblent dans de petits trous coniques, à parois fortement inclinées ; on trouve de même, dans les montagnes du haut Sénégal, des minerais d’argent et de plomb ; mais il ne faut pas songer à une exploitation minière de ces produits du sol. Les ouvriers européens ne peuvent absolument faire aucun travail pénible sous ce climat, et les indigènes sont trop maladroits et trop paresseux pour se livrer à des travaux aussi difficiles ; il faudrait introduire des Chinois dans ces pays, mais on ne peut y penser non plus, parce que l’influence française est encore très faible en beaucoup d’endroits.

La principale richesse du Sénégal est et restera le commerce ; en effet les chiffres de l’exportation et de l’importation sont déjà très favorables.

J’emprunte à l’article dont j’ai parlé plus haut quelques données qui montrent de la façon la plus évidente l’essor de la colonie.

Le commerce avec la mère patrie seule s’est élevé :

Importation. Exportation.
En 1855à7870349francset à6564409francs.
1859126394979527867
18631864389714499793
18691813556317209364
18761275947914121349
18781246303015959940
18801648787025319398
18812029163019161292

En 1881 l’ensemble du commerce entre le Sénégal et la France seule représentait donc une valeur de 39452922 francs ; si l’on y ajoute la valeur des échanges avec les autres pays, qui montait les années précédentes à environ 8 millions, on peut dire qu’en ce moment le mouvement commercial du Sénégal représente, en chiffres ronds, un déplacement annuel de 48 millions de francs.