Le jour suivant, 1er mai, nous faisons encore une courte marche de trois heures, qui nous mène à un nouvel oued, le Merkala, uni plus tard au Draa. Nous demeurons sur la rive nord, où le sable s’est amoncelé en une ligne de dunes ; en cet endroit il se trouve un puits, où nous faisons des provisions d’eau pour notre route jusqu’à Tendouf. Les acacias et les tamaris apparaissent, mais il n’y a aucune créature animée. Tout le pays entre l’oued Draa et l’oued Merkala porte le nom d’el-Bdana.
Pendant la nuit du 1er au 2 mai la pluie tombe par un vent très froid ; le matin suivant, de bonne heure, le ciel est encore très couvert et nous n’avons que 6 degrés ; nous nous sentons très mal à l’aise et tremblons de froid ; aussi attendons-nous toute la journée le retour d’une température plus clémente.
Les formes d’érosion des montagnes isolées et des crêtes que nous avions traversées le jour précédent sont fort originales. Le rocher forme de longues assises, à angles très nets, ressemblant à des murs, d’où surgissent des contreforts en forme de tours, avec des murs tombant verticalement ; de loin on croit voir de vieux châteaux forts entourés de murailles et de tours.
Formes d’érosion du plateau d’el-Bdana.
J’ai pu dessiner les contours de quelques-unes de ces chaînes de hauteurs.
L’oued Merkala découpe profondément le plateau d’el-Bdana et met à nu les couches les plus basses du sol ; un profil du nord au sud aurait la forme représentée à la page suivante.
La différence de niveau entre la hamada et les points les plus profonds de l’oued Merkala est importante et s’élève à environ 120 mètres.
Les parties indiquées par la lettre a sur le profil suivant consistent en marne légère, molle, sablonneuse et calcaire, disposée horizontalement et appartenant à une formation géologique très récente. Elle couvre la lisière nord du désert en épaisses couches de même hauteur, qui ont été entraînées en grande partie par l’action de l’atmosphère et des eaux ; quelques restes de cette formation sédimentaire, les plus résistants, sont demeurés intacts ; ce sont eux qui montrent des formes d’érosion aussi particulières.
Si l’on descend dans l’oued Merkala, on trouve au-dessous de ces formations, probablement néo-tertiaires ou encore plus récentes, les schistes foncés et les calcaires qui s’inclinent ici faiblement vers le sud. Ils appartiennent à l’âge paléozoïque et renferment, avec des fossiles, des dépôts de ces petits cailloux roulés qui couvrent le sol en masses immenses, surtout dans les vastes plaines nommées es-serir.