Tendouf est une petite ville qui s’étend en longueur de l’est à l’ouest. Ses 100 à 150 maisons, isolées et formant de grands carrés entourés de murs, sont construites en une argile très dure. Elles n’ont presque toutes qu’un rez-de-chaussée, et la plupart des pièces, qui sont grandes et belles, donnent sur la cour, dont le sol consiste en argile battue et mélangée de petites pierres. Les maisons sont dispersées irrégulièrement, ne formant pas de véritables rues ; une mosquée à tour quadrangulaire domine le tout. Il y a également ici le tombeau d’un saint ; ce monument est bâti sur le modèle de ceux du Maroc, avec la petite coupole habituelle.
A l’endroit le plus bas de la ville se trouve une source, entourée d’un grand nombre de dattiers et de jardins maraîchers. Cet ensemble produit une impression agréable et proprette.
Tendouf, qui date à peine de trente années, est une ville ouverte, et sa fondation fait grand honneur au cheikh Ali : c’est de là que vient la considération dont il jouit ; c’est lui aussi qui a dirigé le premier les caravanes de Tendouf à Tizgui par l’oued Draa. Tendouf est surtout établie en vue de la circulation des caravanes vers Timbouctou, de manière à servir de point de départ commun aux tribus environnantes ; sa position entre les groupes d’oasis de l’oued Draa et les petits États de l’oued Noun et de Sidi-Hécham est fort bien choisie.
Un peu à l’est de la ville est une petite rivière, l’oued Haouwera, qui roule généralement un peu d’eau et se jette dans l’oued Merkala. C’est là que sont les douars des Maribda et des Tazzerkant, qui y font paître leurs troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres. On dit que dans le voisinage se trouvent aussi des étangs salés.
Les habitants de Tendouf appartiennent en grande majorité à la tribu des Tazzerkant, ou Tadjakant, et sont d’origine berbère, ainsi que ce nom l’indique. Ils se vêtent des cotonnades bleues en usage ici ; mais ils surprennent au premier aspect par leurs cheveux longs et épais, tandis que les Arabes et les Chelouh que j’avais vus jusque-là ont l’habitude de les couper courts ou même de les raser. Les femmes, en partie Négresses, sont également vêtues de larges vêtements bleus, qui enveloppent tout le corps ; en outre elles portent des pantoufles de cuir, ordinairement rouges. Leur visage n’est pas voilé comme au Maroc. Je n’ai vu à Tendouf que peu de femmes ; c’étaient presque toutes des Négresses.
Il faut considérer le cheikh Ali de Maribda comme le souverain de l’endroit ; c’est lui qui dirige le commerce des Tazzerkant avec le Soudan. Ce commerce est de grande importance ; ils vont d’un côté jusqu’au Maroc et jusqu’à l’Algérie pour y acheter surtout des grains et des dattes, puis du tabac, de la poudre, des cotonnades, du goudron, etc. ; de l’autre, ils conduisent une partie de ces objets à Araouan et à Timbouctou, pour en rapporter les produits du Soudan, et surtout des plumes d’autruche et des esclaves, ainsi qu’un peu d’or et d’ivoire. Les habitants de Tendouf dépendent, au point de vue des céréales, des pays voisins, car l’oasis est beaucoup trop petite pour qu’il puisse y avoir des champs ; on n’y cultive avec les palmiers que quelques légumes sans importance.
Une fois par an, les Tazzerkant se rassemblent pour un voyage en commun à Timbouctou ; Kafla el-Kebir (la grande caravane) compte souvent plusieurs milliers de chameaux et quelques centaines de conducteurs. Cependant elle a été pillée à diverses reprises dans le cours des dernières années. Ordinairement elle part de Tendouf en décembre ou en janvier et retourne en mai ou juin ; la valeur des marchandises qu’elle emporte dépasse, dit-on, 750000 francs ; ce chiffre me semble beaucoup trop élevé, car les affaires avec Timbouctou ont diminué dans ces derniers temps.
TOME II, p. 38.
OASIS DE TENDOUF.