Les Arabes et les Chelouh de ce pays sont habitués à vivre très frugalement en voyage ; ils se contentent d’une sorte de bouillie de farine d’orge et de beurre, qui se conserve longtemps ; mais je ne pus m’accoutumer à cet aliment. Nous n’avions naturellement aucun résultat à attendre de nos chasses et ne pouvions en aucune façon compter sur cette ressource : nous voyions, il est vrai, de temps en temps des gazelles et des antilopes passer rapidement dans le lointain, mais il ne fallait pas songer à les poursuivre.
Une caravane semblable est un appareil extrêmement lourd, qui ne peut être dérangé de ses mouvements réguliers sans que le tout en souffre. Toute perte de temps occasionnée par des détours, des arrêts inutiles, etc., ne peut être atténuée que difficilement ; chaque jour une tâche déterminée doit être accomplie, si l’on ne veut s’exposer à manquer d’eau et de vivres.
En fait de combustible, nous avions les plantes courtes et ligneuses que mangent les chameaux et souvent aussi une sorte d’acacia ; mais il fallait parfois rassembler avec soin les crottins de chameau, desséchés et durs comme de la pierre, pour alimenter nos feux.
Nous avions emporté de Tanger assez de tabac ; d’ailleurs la majorité des Mahométans du pays ne fument pas, trouvant le tabac absolument contraire sinon à la loi musulmane, du moins aux convenances.
Notre voyage de Tizgui à Tendouf s’était accompli pendant le jour, tandis que jusqu’à Araouan nous ne marchâmes que la nuit. Nous partions le soir vers six heures, pour marcher presque sans arrêt jusqu’à six ou sept heures du matin, suivant l’endroit où se trouvait le fourrage à chameaux. Les animaux étaient débarrassés de leur charge et poussés vers la pâture, le plus souvent sans surveillance, car ils ne s’écartaient pas beaucoup. Puis nous dressions les tentes, étendions les lits et faisions chauffer du thé ou du café ; on reposait quelque temps ; vers onze heures nous prenions un repas de riz ou de couscous au beurre, avec un peu de viande sèche et de pain, puis du thé ou du café. Chacun se disposait ensuite à dormir. C’était le moment le plus favorable, et généralement le seul où je pusse écrire mon journal de voyage et noter les observations et les événements du jour. Vers cinq heures, chacun se levait ; on préparait encore un peu de riz ou de couscous, et les chameaux étaient rassemblés et chargés.
C’est ainsi que s’écoula assez uniformément chacune des trente journées suivantes de bivouac, pendant lesquelles nous ne vîmes pas un homme.
CHAPITRE II
VOYAGE DE TENDOUF A ARAOUAN.
Départ de Tendouf. — Hamada Aïn-Berka. — Douachel. — Djouf el-Bir. — Kreb en-Negar. — Fossiles du calcaire carbonifère. — Es-Sfiat. — Oued el-Hat. — Formes d’érosions. — Iguidi. — Sable sonore. — Mont des cloches. — Dunes. — El-Eglab. — Traces de chameaux. — Pluie. — Oued el-Djouf. — Bir Tarmanant. — Areg. — Oued Teli. — Sel gemme. — Taoudeni. — Ruines de murs antiques. — Outils en pierre. — Grande chaleur. — Oued el-Djouf. — Hadj Hassan. — Hamada-el-Touman. — Bir Ounan. — El-Djmia. — Bab el-Oua. — El-Meraïa. — Arrivée à Araouan.