La région de l’oued Sous a été probablement habitée il n’y a pas fort longtemps. A l’ouest du point où nous sommes, à quelques milles seulement, il y a encore dans cette vallée les restes de deux maisons et un puits ; on nomme ce pays Bir Mtemna-bou-Chebia : c’est évidemment une ancienne colonie arabe, dans une oasis qui, s’étant ensablée, a été abandonnée.
La rive gauche de l’oued Sous forme une plaine pierreuse avec peu de fourrage, de sorte que les chameaux n’y trouvent pas suffisamment à paître.
Le pays traversé le 20 mai porte toujours le nom d’oued Sous et se trouve être en pente descendante, de sorte que le bivouac, atteint après une marche ininterrompue de dix heures, n’a que 212 mètres d’altitude. Le matin, à quatre heures, quand nous nous éveillons, il fait un froid sensible, tandis que la journée est fort chaude ; au bivouac, dans un endroit nommé Mtemna, nous avons vers quatre heures 34 degrés à l’ombre.
Le terrain est encore pierreux, et accidenté en général ; nous franchissons même quelques collines, dans une zone de schistes foncés, sans fossiles et qui ne porte aucun végétal. Ce n’est qu’au bivouac de Mtemna que nous trouvons de nombreux acacias, qui donnent aux chameaux un fourrage bienvenu. Aujourd’hui encore, nous remarquons les traces de la grande caravane de Timbouctou, qui a passé ici.
A l’ouest se trouve un puits, Bir Eglif[3] ; comme nous avons encore de l’eau, nous marchons directement au sud-est. Il est vrai qu’après avoir séjourné dans les outres cette eau n’est pas très bonne, mais il faut bien s’en contenter. Heureusement nous avons encore assez de thé et de café pour préparer de l’un ou de l’autre chaque jour.
Le 21 mai la marche est extrêmement longue et fatigante, de cinq heures du matin à six heures et demie du soir, avec une halte d’une heure en tout. Il s’agissait d’atteindre un puits situé devant nous, afin d’y abreuver nos chameaux et de prendre de l’eau fraîche.
Après la région de Mtemna, riche en acacias et en végétaux, vient un pays désolé, stérile et pierreux, appartenant encore à ces schistes foncés que j’ai observés la veille ; on lui donne le nom d’Aslef. Ces régions pierreuses se prolongent jusqu’aux prochaines dunes, appartenant à un massif d’areg, qui porte le nom d’Areg el-Chech.
A l’intérieur de ce massif se trouve beaucoup de fourrage, acacias ou autres végétaux, et les traces de gazelles ou d’antilopes n’y sont pas rares ; nous ne réussissons pourtant pas à en tuer.
Nous dressons nos tentes au Bir Tarmanant, réunion de puits, placés au milieu de l’areg ; quelques heures plus à l’ouest se trouve le puits d’Amoul Graguim.
Il y a trois puits profonds, qui ont toujours de l’eau ; l’un d’eux passe pour le meilleur, mais son eau renferme un peu d’hydrogène sulfuré.