Je reconnais encore en cet endroit, de la façon la plus évidente, combien la présence de l’eau est liée d’ordinaire à celle des areg ; j’observe également ici de l’argile schisteuse bleue à la base des dunes. Le terrain n’a plus que 180 mètres d’altitude. La pente descendante débute à l’oued Sous ; en même temps commence là une série de puits (Bir Mtemna bou Chebia, Bir Eglif, Bir Amoul Graguim, Bir Tarmanant), que, à l’exception du dernier, nous avons laissés à l’ouest, parce que des coupeurs de route s’y embusquent assez souvent.

Nous sommes tous fatigués, hommes et bêtes, et, comme le pays est sûr, nous décidons de prendre un jour de repos. La journée du 22 mai se passe près de ces puits, et en outre la décision est prise de ne plus voyager que la nuit. Le guide nous y aurait obligés depuis longtemps, s’il n’eût craint de s’égarer dans le terrain pierreux que nous avons parcouru jusque-là ; il nous a toujours conduits par des chemins latéraux, uniquement pour éviter toute rencontre, et cela lui a parfaitement réussi. Durant le reste du voyage il se dirige au moyen d’une étoile qui, dit-il, est dans la direction d’Araouan et se trouve toujours à la même place. Naturellement, cette indication générale ne suffit pas ; le guide doit, pendant la route, observer une foule de petits indices et de repères qui ne frappent nullement les étrangers.

J’ai de nouveau avec Hadj Ali une scène violente : il a demandé tout à coup au guide de faire demi-tour et de nous ramener à Tendouf !

Le 23 mai nous quittons les puits de Tarmanant, après avoir rempli les outres d’eau fraîche, abreuvé les chameaux et nous être livrés à des ablutions complètes.

Nous avons encore à franchir une région de dunes dangereuses, en décrivant des zigzags sans nombre, pendant lesquels nos chameaux nous causent mille embarras ; puis nous arrivons enfin à une plaine pierreuse. Ensuite vient de nouveau une région d’areg, à l’intérieur de laquelle nous faisons halte vers deux heures, car il y a du fourrage en abondance. Cet endroit se nomme Aïn Beni Mhamid, d’après une tribu qui y a habité jadis, et est ensuite partie pour le Tafilalet. Par suite, il est probable que les conditions locales ont dû empirer il y a peu de temps, de sorte que les habitants, n’y trouvant plus les ressources nécessaires à leur existence, en sont partis.

Nous restons là jusqu’à deux heures du matin, pour marcher ensuite jusqu’à neuf heures dans la direction générale du sud-est. Tout le pays appartient encore à la région d’Areg el-Chech, et nous avons à franchir une série de dunes parallèles. On désigne un des endroits que nous traversons sous le nom de Daït Marabaf. Dans cette région on trouve toujours des végétaux en quantité suffisante. Vers le matin, les dunes disparaissent et nous entrons dans une large plaine de sable, avec du fourrage en abondance ; l’altitude est d’environ 200 mètres, un peu supérieure à celle du dernier bivouac.

Nous nous sentons déjà complètement en sûreté et croyons au succès du voyage. La santé de tous est bonne, et, s’il y avait assez d’eau, chacun serait content. Nous n’avons plus vu de traces de chevaux ou de chameaux ; le temps des caravanes étant passé, la présence de petites bandes isolées de rôdeurs est moins à craindre. Nous n’en rencontrerons aucune par hasard ; si l’une d’elles doit nous croiser, c’est qu’elle aura été envoyée à notre recherche.

Le pays que nous traversons ensuite est en général une région d’areg. Nous partons le 25 mai au coucher du soleil, pour marcher toute la nuit jusque vers huit heures du matin. Au début je ne m’habituais pas à ces marches de nuit, ou du moins je ne pouvais dormir en plein jour, pour être dispos à la nuit ; mais je dus y arriver quand même. Les chameaux étaient liés les uns aux autres et formaient une longue file ; l’un des serviteurs devait être toujours à pied, tandis que les autres étaient assis ou dormaient sur leurs chameaux. Seul le guide, placé en tête, demeurait éveillé et nous dirigeait avec une grande habileté à travers ces dunes séparées par des vallées plus ou moins larges.

Le matin, vers cinq heures, nous traversons la dernière ligne de dunes qui appartient à l’Areg el-Chech. D’abord vient l’Areg el-Fadnia, étroite zone de montagnes de sable, et ensuite l’Areg el-Achmer, entre lesquels nous campons dans la plaine ; le terrain a déjà une altitude supérieure à 233 mètres.

Le 26 mai nous marchons de sept heures du soir à sept heures du matin sans interruption, au début dans une région d’areg, puis sur une plaine de sable : le pays se nomme Okar. Chose remarquable, dans cette plaine je trouve des cailloux roulés de calcaire foncé où se voient des traces de fossiles paléozoïques : il doit y avoir ici un affleurement de cette formation ancienne, car ces cailloux ne proviennent pas des rivières, dont aucune ne se trouve dans un rayon rapproché de nous.