Le lendemain nous faisons encore une longue marche de nuit, de cinq heures du soir à six heures du matin ; la chaleur a beaucoup augmenté depuis quelques jours : vers midi nous avons toujours de 40 à 42 degrés à l’ombre ; la plus grande partie du terrain traversé est une région d’areg, et les vents d’ouest, si rafraîchissants ailleurs, ont cessé ou n’ont pas d’effet dans ces ravins étroits, entre des montagnes de sable : par suite, la consommation d’eau est très importante, et Hadj Hassan doit user de toute son énergie pour maintenir l’ordre dans la distribution de ce liquide. Nous avons incliné un peu plus vers l’est, car nous ne sommes pas loin de Taoudeni, que nous voulons contourner.
Au début nous avons encore à parcourir les dunes d’Okar, et nous arrivons ensuite à la plaine d’el-Saffi, qui consiste en calcaire bleu foncé, apparaissant partout au jour. Je puis maintenant m’expliquer la présence des fossiles des jours précédents ; les couches paléozoïques réapparaissent en effet à une altitude de 233 mètres. Le calcaire couvre le sol sous forme de larges plaques, qui semblent horizontales ; le fourrage est en abondance.
Le 28 mai, de six heures du soir à sept heures du matin, nous marchons vers le sud-est. Nous dépassons d’abord une petite zone d’areg, pour arriver ensuite dans la grande plaine d’el-Mouksi, couverte de nombreux cailloux roulés.
Le jour suivant, nous partons à cinq heures du soir pour atteindre, le lendemain matin, un des points les plus riches en eau du désert, l’oued Teli, un peu au sud-est de Taoudeni, que nous avons contourné par une large courbe. Le plus souvent, le terrain a été très pierreux, fort accidenté, difficile surtout pendant la nuit.
L’oued Teli est un lit de rivière, de largeur moyenne, pourvu de berges escarpées encore fort nettes, et formées d’un tuf calcaire très poreux, faiblement coloré en rouge et disposé en longues et étroites terrasses. On y a creusé plus de cent puits, qui ont toujours de l’eau. L’antique ville de Taoudeni, qui est dans le voisinage, vient en chercher là, car celle de la ville est trop salée ; c’est ainsi qu’ont été creusés ce grand nombre de puits.
Nous en trouvons un qui a en abondance de très bonne eau douce ; il doit avoir beaucoup plu ici ces derniers temps. Nous y abreuvons les chameaux, remplissons toutes les outres avec cette eau excellente et quittons dès neuf heures cet endroit, de crainte d’être aperçus par des gens de la ville. Nous marchons encore deux heures vers le sud et dressons nos tentes.
La contrée de Taoudeni compte parmi les plus intéressantes du Sahara occidental. C’est d’abord à cause de la présence de cette rivière si riche en eau et qui doit rouler, sous une couche de sable, une masse liquide assez considérable pour qu’un grand nombre de puits en soient toujours suffisamment pourvus. Jamais auparavant je n’avais vu de formations de tuf calcaire aussi développées que celles que j’ai trouvées en cet endroit et qui constituent des terrasses assez puissantes sur les deux rives de la rivière.
Quand on a franchi, au delà de son lit, une petite plaine couverte de cailloux roulés, de grès surtout, on rencontre de nouveau des roches blanches de marne et de calcaire, comme j’en avais vu plusieurs fois et dont les formes d’érosion sont particulières. On croit voir de loin des châteaux forts, des murailles et des tours, tant cette formation très récente est découpée en sections bizarrement rectilignes.
A l’ouest de notre bivouac apparaissent des hauteurs de grès rouge, qui ont envoyé jusqu’ici de nombreux cailloux roulés ; il est permis de supposer que le dépôt de sel gemme de Taoudeni appartient à cette formation.
Le commerce de sel de Taoudeni est fort ancien, et cette ville a une grande importance pour le Sahara occidental. On a façonné de toute antiquité le sel en plaques d’environ 1 mètre de long et du poids de 27 kilogrammes ; quatre de ces plaques forment la charge d’un chameau. Le sel est porté par de nombreuses caravanes, qui marchent en toute saison, jusqu’à Araouan et ensuite à Timbouctou. Cette dernière ville pourvoit tout le Sahara occidental, très pauvre en sel, de cette importante denrée alimentaire, dont la valeur s’élève à mesure qu’on avance vers le sud.