Nous quittâmes donc fort tristement, le 1er juin, notre bivouac de l’oued el-Djouf, pour continuer vers le sud ; nous ne pouvions séjourner plus longtemps, car la provision d’eau diminuait toujours, et nous ignorions si le Bir Ounan ne serait pas à sec.

Au début nous eûmes encore à traverser quelques régions d’areg ; puis vint une grande plaine de sable, riche en fourrage. Mais ce n’était plus le beau sable quartzeux doré que nous avions vu jusque-là : il était fin et rouge, provenant évidemment de la désagrégation des roches de grès situées près de Taoudeni. On me nomma ce pays hamada el-Touman. La nuit, à trois heures, nous nous arrêtons ; nous avons perdu beaucoup d’eau par suite de l’évaporation, et, si nous n’atteignons pas le matin suivant le Bir Ounan, ou s’il est vide, nous sommes tous perdus ! C’est avec cette pensée que nous passons le reste de la nuit et le jour entier.

A cinq heures nous partons, pour marcher toute la nuit et arriver vers six heures au puits d’Ounan. C’est une petite ouverture invisible, creusée dans le sol, que l’on pourrait aisément dépasser et qu’il nous faut d’abord nettoyer ; mais elle renfermait de l’eau, sinon beaucoup. Nous pûmes faire abreuver nos chameaux, remplir les outres et nous laver. Si une caravane était arrivée le même jour, elle n’en aurait plus trouvé assez.

La région parcourue, la hamada el-Touman, était encore, au début, couverte de sable rouge ; plus tard elle devint pierreuse, et en même temps le fourrage diminua. Au Bir Ounan apparaissaient quelques collines de sable, de sorte que nous y trouvâmes aussi des herbes pour les chameaux.

La chaleur redevenait très forte, et le séjour dans les tentes par 40 degrés centigrades à l’ombre était désagréable. Nous demeurâmes donc un jour de plus, et ne partîmes que le 3 juin, vers six heures du soir. Ounan étant le dernier point d’eau avant Araouan, il fallut prendre des précautions en conséquence.

Le guide Mohammed me parle encore de trouvailles d’objets antiques. Ainsi à Trarsa il y aurait des murs anciens en terre et en sel gemme ; on y trouverait des bijoux et des objets fabriqués, des anneaux d’or, etc. Même, par places, on rencontrerait dans ces contrées des défenses d’éléphant. Il est vrai qu’elles pourraient provenir non d’animaux ayant vécu dans ces endroits, mais de caravanes disparues.

Le 3 juin, vers six heures du soir, nous quittons le puits, très heureux d’avoir pu nous y approvisionner d’eau. Nous traversons d’abord une plaine sans végétation, puis vient l’areg el-Nfech, zone étroite de dunes. Ensuite nous coupons une plaine étendue, couverte de gros blocs de pierre, qui a de nouveau atteint l’altitude de 266 mètres ; ce sont presque exclusivement des fragments de quartz blanc et gris qui gisent là en masses énormes. Le matin, vers sept heures, trouvant un peu de fourrage à chameaux, nous dressons nos tentes en cet endroit. La chaleur est redevenue très forte et s’élève presque toute la journée à 40 degrés à l’ombre.

Aujourd’hui nous rencontrons un homme isolé, le premier depuis notre départ de Tendouf, c’est-à-dire depuis vingt-six jours ; il fait partie d’une troupe de gens qui font paître des chameaux dans le voisinage d’Ounan. Mon guide Mohammed est très mécontent de cette rencontre ; nous n’avons plus, il est vrai, que quelques marches pour arriver à Araouan, mais il ne nous croit pas en sûreté contre une attaque, et ne sera entièrement rassuré que quand il aura accompli sa mission et m’aura remis au chérif de la ville.

Vers le soir nous partons, pour voyager, avec une halte de deux heures, jusqu’à sept heures du matin. Nous traversons d’abord une petite région d’areg, nommée As-Edrim ; puis nous arrivons dans une grande plaine couverte de blocs de pierres, et où il n’y a pas un brin d’herbe ; cette contrée, absolument stérile, sans aucune végétation, est nommée el-Djmia. Au bivouac nous ne trouvons même pas de fourrage, de sorte que nos chameaux jeûnent. La chaleur est encore très forte, et je me sens extraordinairement las de nos longues marches de nuit. Passer douze à quatorze heures sur un chameau, sans pouvoir dormir le jour, à cause de la chaleur, finit par vraiment fatiguer ; aussi je désire ardemment atteindre la ville la plus proche, Araouan. Si, le jour, il est à peine possible de se tenir sous la tente embrasée, il l’est encore moins de rester en plein air, où nulle part il n’y a d’autre ombre que celle projetée par nos chameaux affamés.

Le 5 juin, vers cinq heures du soir, nous reprenons notre marche jusqu’à huit heures du matin, avec de courtes haltes successives, car nous ne pouvons plus compter sur l’endurance des animaux. Nous traversons une région d’areg haute et étendue ; entre deux puissantes lignes de dunes court un chemin étroit, qui porte le nom de Bab el-Oua, et qui nous mène dans une plaine sablonneuse, couverte d’alfa (aswet). C’est le commencement de la grande plaine d’el-Meraïa (le Miroir), nommée sans doute ainsi à cause de la couleur blanc argenté que l’alfa prend sous le souffle du vent. Nous passons la nuit auprès de quelques petites dunes où se trouve un peu de fourrage. L’alfa ne peut en tenir lieu. L’altitude de la Meraïa est ici de 245 mètres, cependant le terrain s’incline faiblement vers le sud.