Maisons d’Araouan.
Tous les articles d’alimentation que consomme Araouan sont forcément tirés de Timbouctou, situé à environ 200 kilomètres de distance. De misérables poulets, ainsi que quelques moutons sans laine du Soudan, sont tout ce qui existe à Araouan en fait d’animaux ; il n’y a pas la plus petite sorte de jardin, et tout doit être apporté de Timbouctou. Le soir de mon arrivée, le chérif eût désiré m’envoyer un festin, mais il n’avait qu’un peu de riz et de viande de chèvre desséchée.
Araouan a été fondée, dit-on, il y a environ 190 ans, par le grand-père du chérif actuel, Amhamid bel Harib, et, malgré sa situation lamentable, a conquis une grande importance, à laquelle sa richesse d’eau a contribué en premier lieu.
Maisons d’Araouan.
Le chérif savait bien que j’étais Chrétien, mais, malgré tout, sa réception fut fort amicale ; la population se montra également prévenante et ne donna pas la moindre preuve d’animosité. Elle se compose de gens de la grande tribu des Berabich et d’Arabes de Timbouctou, qui ont des maisons dans les deux villes et arrivent à Araouan à l’époque des caravanes, pour y conclure leurs affaires. Il y a en outre d’anciens esclaves nègres, nommés Rhatani, qui sont entièrement libres, et s’occupent d’abreuver les nombreux chameaux qui passent à Araouan. En outre il arrive ici, surtout au moment des caravanes, des gens de tous les pays, même du Sénégal ; par suite on y trouve déjà une foule de produits du Soudan : par exemple, les moutons sans laine dont j’ai parlé, la noix de kola, la noix de terre (arachide), etc. Pendant mon séjour un troupeau de bœufs y arriva également pour être conduit au pâturage ; c’étaient des bœufs à bosses, des zébus, qui sont très communs au Soudan. Leur vue nous causa une grande joie, non seulement parce qu’elle nous promettait le plaisir de manger de la viande fraîche, mais parce que c’était la nouvelle bienvenue de l’approche tant désirée du Soudan.
Les Berabich habitent surtout aux environs de la ville, où ils trouvent des pâturages pour leurs chameaux ; le cheikh seul reste d’ordinaire à Araouan ; mais pendant mon séjour lui aussi était près de ses troupeaux, c’est pourquoi je n’ai pu voir que son fils, déjà grand. Les Berabich forment une quantité de tribus, les Oulad Dris, les Saïd, les Gnaim Tourmos, les Arterat, etc. ; à plusieurs milles à l’est d’Araouan, sont les villes de Mabrouk et de Mamoum, également habitées par des Arabes.
Pendant mon séjour à Araouan, la plus grande partie des Berabich se trouvait à Timbouctou ; par suite il était resté peu d’or dans la ville, et il me fut difficile de vendre mes chameaux. Les Berabich sont du reste constamment en lutte avec les Touareg leurs voisins, presque toujours à cause de vols de bestiaux. On m’assura d’ailleurs que le chemin de Timbouctou était libre.
On nous apporte la nouvelle, venant du Soudan, que l’un des fils du célèbre Hadj Omar, Ahmadou, est mort à Ghedo.
Le 12 juin je passe la soirée chez le vieux chérif, qui m’a demandé quelques médicaments ; mais il n’y en a pas contre sa maladie, la faiblesse sénile. Les habitants d’Araouan se tiennent tout le jour dans leurs chambres obscures, afin d’être à l’abri des mouches ; le soir seulement, ils en sortent pour s’établir dans les cours ou devant les maisons. Le chérif est fort hospitalier et nous conte toute espèce d’histoires, surtout au sujet de l’Anglais tué longtemps auparavant sur le chemin de Timbouctou à Araouan (le major Laing). Sidi Amhamid fait remarquer avec une insistance particulière que le Raïs (major), comme on nomme en général l’infortuné voyageur, n’a jamais pénétré dans Araouan, que son assassinat est survenu à quelques journées de la ville : par conséquent il ne peut en être rendu responsable en aucune façon, pas plus que sa famille.