Un gros orage venant du sud-est passe au-dessus de nous en se dirigeant vers l’ouest, sans éclater. A quelques milles à l’est de notre route est la ville arabe de Bouchbia.
Nous avons encore à supporter un violent djaoui, très pénible comme toujours ; par bonheur il n’arrive que quand nous sommes campés : on en souffre toujours davantage lorsqu’on est surpris en route.
Le 27 juin, vers cinq heures du soir, nous continuons notre marche et ne faisons halte qu’à huit heures du matin, en un point nommé Hasséini. Je me sens de nouveau très mal.
Le terrain est toujours le même : plaine de sable couverte d’alfa et d’autres végétaux. Des montagnes apparaissent au sud-est de notre bivouac, mais elles sont fort éloignées. Les gens du pays les désignent sous le nom de Tsentsouhoum, probablement d’origine targuie, et qui doit signifier à peu près « mer de pierre ». Le ciel est de nouveau très couvert, mais il ne tombe aucune pluie.
Plus tard, le terrain devient un peu ondulé et quelques tamaris isolés apparaissent : des dunes aplaties constituent de nouveau la surface du sol, à partir du point où nous sommes, mais elles sont partout couvertes d’herbe et d’alfa.
Le jour suivant, même marche de six heures du soir à sept heures du matin, avec une courte halte pendant la nuit. Le soir, vers dix heures, de nombreux éclairs sillonnent l’horizon, du côté du sud ; c’est une vue que nous n’avons pas eue depuis longtemps : il tombe également un peu de pluie. Vers le matin, nous faisons halte dans un endroit nommé Boukassar, où s’est développée une végétation plus abondante. Des buissons de tamaris et des mimosas, de nombreuses variétés d’herbes et de plantes, même de petites fleurs écloses, et beaucoup d’oiseaux chanteurs animent le paysage. Il est déjà fort joli ici et je me serais trouvé très bien, si mon malaise n’avait augmenté et si je n’avais eu à craindre une dysenterie. C’était la conséquence de mon long séjour dans le plus effroyable de tous les endroits que j’aie connus, Araouan. Nous approchons enfin de contrées plus clémentes et nous sommes près de sortir du désert ; déjà le sol est plus solide, il renferme moins de sable et plus d’argile, de sorte qu’une flore plus variée peut y vivre.
Le 29 juin, longue marche de nuit de cinq heures du soir à neuf heures du matin. Le terrain est très ondulé, et consiste généralement en dunes plates, couvertes de végétaux ; nous traversons un ravin profond et sans eau, creusé dans un sol déjà tout à fait argileux, et nous arrivons à un endroit nommé Erridma, où, à ce que me disent mes guides, cinquante Touareg ont été tués par les Berabich il y a peu de temps. La végétation devient toujours plus abondante, les buissons de tamaris et les mimosas apparaissent en grande quantité, et la faune est plus variée également. Le monde des insectes et des oiseaux est déjà très riche : en même temps que les gazelles et les antilopes, nous apercevons pour la première fois le zèbre. L’endroit où nous dressons nos tentes, de grand matin, se nomme Kadji ; il y a aux environs une quantité de puits : on me nomme le Bir Mobila, le Bir Tanouhant, le Bir Tsagouba, le Bir Inalahi, le Bir Arousaï et le Bir Tsantelhaï.
De Kadji nous n’avons plus qu’un jour de marche à faire pour gagner Timbouctou ; il est vrai que c’est un voyage un peu fatigant de cinq heures du soir à dix heures du matin, mais nous avons atteint notre but !
La grande forêt de mimosas de l’Azaouad est ici très fréquentée par des animaux de toute espèce ; la végétation devient toujours plus variée et plus fournie. On nomme Hachaouas un des endroits que nous traversons. Le gibier est abondant et nous voyons, pour la première fois sur notre passage, des traces certaines de lion : elles sont même très récentes, ce qui inquiète fort ma troupe ; ceux qui connaissent le pays déclarent que c’est une lionne avec deux lionceaux, et qui a croisé notre chemin peu d’heures avant ; plus tard nous apprîmes en effet qu’une lionne avait tué dans le voisinage un jeune chameau. Le monde des oiseaux est aussi très richement représenté ; on voit fréquemment le vautour et l’aigle, ainsi qu’un étourneau bleu à éclat métallique, qui aime à se poser sur le cou ou sur le dos des chameaux quand ils sont à la pâture, et qui les débarrasse des insectes.
Sur le chemin entre Araouan et Timbouctou il nous est de nouveau arrivé un accident, qui paraît incompréhensible. Sidi Mouhamed, le déserteur marocain que nous avions pris à notre service à Tizgui, a disparu une nuit pour ne jamais revenir ! Cette nuit-là il était de service près des chameaux, c’est-à-dire qu’il allait à pied pour les activer.