Le 6 juillet, les rues de Timbouctou étaient fort animées ; il y avait en effet ce jour-là six mariages, parmi lesquels celui du fils du kahia. Il y eut des processions dans les rues, des danses et surtout une grande consommation de poudre : le pétillement des vieux et lourds fusils à pierre retentissait de tous côtés. C’étaient les Nègres esclaves des différentes familles intéressées, et surtout la population pauvre, qui s’amusaient ainsi ; le bruit dura presque toute la nuit.
Ma principale ambition était de recueillir des informations sur les routes à suivre en partant de Timbouctou ; je voulais gagner le Sénégal et atteindre par le chemin le plus court possible le dernier poste français, qui était alors Médine. Mon compagnon Hadj Ali, même s’il consentait à voyager encore avec moi, n’était pas le moins du monde de cet avis. Évidemment on lui avait représenté le pays des Noirs sous les plus tristes couleurs, et il eût préféré retourner par le désert. Comme nous avions fait la connaissance de quelques marchands de Rhadamès, le voyage par le Touat en leur compagnie lui aurait été fort agréable. Je m’y opposai de la façon la plus vive, et finalement je réussis à l’emporter. Hadj Ali trouva lui-même un certain intérêt à connaître les colonies françaises du Sénégal, dont il avait entendu beaucoup parler pendant son séjour en Algérie, et nous recueillîmes tous les renseignements possibles au sujet de ce projet de voyage. On nous indiqua l’itinéraire suivant comme le meilleur :
De Timbouctou à Bassikounnou (cheikh Nigari, Foulbé), sept jours de marche ;
De Bassikounnou à Rango (cheikh Mouhamed, Oulad Dahman), cinq jours de marche ;
De Rango à Médinet-Bakouinit (cheikh Chamous), trois jours de marche ;
De Médinet-Bakouinit à Rhab (Agib, Oulad Hadj Omar), trois jours de marche ;
De Rhab à Kouniakari (Bechirou, Oulad Hadj Omar), cinq jours de marche ;
De Kouniakari à Médine (fort français), un jour de marche ;
De Médine à Bakel (fort français), trois jours de marche ;
De Bakel à Saint-Louis (Ndar) (chef-lieu du Sénégal), six jours de marche.