Timbouctou était jadis un grand marché pour le commerce de l’or, mais il a beaucoup diminué. Ce métal vient des pays du Bambouk et du Bouré, connus de toute antiquité pour leur richesse aurifère ; déjà du temps de Barth l’or du Ouangaraoua allait surtout dans les ports de l’Atlantique : aujourd’hui c’est le cas même pour celui du Bouré et du Bambouk, dont les habitants trouvent un débouché plus facile à Ndar (Saint-Louis). La conséquence de cet état de choses a été la hausse considérable du prix de l’or à Timbouctou. Le mitkal de ce métal sert dans les transactions ; ce n’est pas une monnaie frappée, mais une unité de poids, pesant environ 4 grammes. Du reste, sa valeur diffère selon les villes. Barth donne, comme taux du mitkal d’or, des chiffres d’après lesquels je vois que, dans les vingt-sept ans qui se sont écoulés depuis le séjour à Timbouctou de ce célèbre et heureux voyageur, il y a eu des fluctuations importantes dans les prix de cette unité. D’après Barth le mitkal de Timbouctou aurait le poids de 96 grains de blé et la valeur de 3000 à 4000 cauris. D’après cela, le prix des coquilles de cauris doit avoir beaucoup baissé, et celui de l’or a dû s’élever dans d’énormes proportions. A Timbouctou je payai de 10 à 12 francs le mitkal d’or, c’est-à-dire plus de 2 douros d’Espagne ; pour 1 seul douro je reçus plus de 4000 cauris. A Araouan le mitkal vaut de 8 à 10 francs ; à Saint-Louis, au contraire, sa valeur courante est de 14 à 15 francs.
L’or circule à Timbouctou presque exclusivement sous forme d’anneaux, ou de feuilles minces, qui servent aussi de bijoux aux femmes ; il est plus rarement en grains ou en poussière.
L’exportation de l’or des districts aurifères par Timbouctou ou Araouan vers les pays mahométans est aujourd’hui peu considérable ; la plus grande partie va probablement à Mogador : il est impossible de donner des chiffres pour cette exportation.
Un article aussi important pour le commerce que pour le change est formé par les grandes et larges chemises bleues, garnies de broderies de soie très originales, les épaisses couvertures teintes en bleu pâle, d’un travail également très beau, les pantalons d’étoffe bleue à parements brodés, etc. Tous ces articles viennent en grande partie de Sansandig et des autres villes du Niger. L’étoffe, tissée en petites bandes teintes de couleur bleu indigo, que l’on coud ensuite ensemble, est excellente ; malheureusement le misérable article de provenance anglaise, de prix beaucoup moindre, tend de plus en plus à prendre le dessus et à remplacer les articles indigènes, meilleurs, mais plus chers.
Ces chemises larges, garnies de broderies de soie, sont répandues dans tout le Soudan occidental et estimées ; on les trouve même dans les pays au sud de l’Atlas, dont les habitants entretiennent des relations avec Timbouctou. Dans cette dernière ville on n’en fabrique que pour l’usage local.
Le commerce du sel est fort important à Timbouctou, et le nombre des chameaux qui y arrivent de Taoudeni, avec une charge de quatre plaques chacun, s’élève, dans le cours d’une année, à plusieurs milliers. Comme je l’ai dit, ces plaques (rouss, singulier râss) sont d’environ 1 mètre de long et du poids moyen de 27 kilogrammes. Du temps de Barth, où le commerce semble avoir été peu prospère, le prix de la plaque de sel devait être de même fort bas, car il dit que le râss oscille entre 3000 et 6000 cauris. Aujourd’hui on le paye de 8000 à 9000 cauris ou environ 1 mitkal d’or ; mais, comme pendant le séjour de Barth l’or était également moins cher, et que 1 mitkal ne valait guère que 3000 à 4000 coquillages (c’est-à-dire la valeur actuelle de 1 douro d’Espagne), il n’y a pas de différence essentielle entre les prix d’alors et ceux d’aujourd’hui. Ce commerce de sel a une grande importance dans le Sahara occidental, car le Soudan, très vaste et très peuplé, mais fort pauvre en sel, offre un bon débouché de cette denrée.
Les salines de Taoudeni sont en exploitation depuis 1596 ; auparavant on exploitait un peu au nord celles de Teghasa : elles ont dû l’être avant le onzième siècle.
Un important article de commerce à Timbouctou est aussi la noix de kola, qui vient en grande partie des régions situées à l’intérieur des côtes de Sierra Leone, de même que du nord de l’empire des Achantis, quoique la zone d’extension de cet arbre soit très considérable. Barth rapporte que l’on distingue à Timbouctou les espèces de cette noix d’après la saison où on les recueille : les tino-ouro, les siga et les fara-fara. Dans les pays haoussa, surtout dans le Kano, ce commerce est beaucoup plus actif encore ; on y nomme ces fruits gouro, nom tout à fait analogue au mot sonrhay en usage à Timbouctou, tandis que tino est le nom d’un district.
Du temps de Barth, le prix d’une noix oscillait, d’après sa grosseur et sa qualité, entre 10 et 100 coquilles ; je ne me souviens pas de les avoir payées moins de 100 cauris.
Cette noix rouge pâle, à saveur amère, assez agréable, constitue un article de luxe, mais qui joue dans le commerce un rôle très important et occasionne un mouvement actif de marchandises. En raison du manque de thé et de café en ces pays et du besoin que l’on y éprouve d’aliments excitants, beaucoup de millions de noix sont mises chaque année dans le commerce et représentent, grâce à leur prix relativement élevé, une somme importante pour leurs producteurs, en même temps qu’elles sont l’origine de gains considérables pour les marchands ; car leur prix d’achat dans le pays de production et les prix de vente dans Kano, Sokoto, Timbouctou et les autres villes diffèrent notablement.