| 16 | × | 5 | = | 100 |
| 10 | × | 100 | = | 1000 |
| 10 | × | 1000 | = | 10000 |
| et 8 | × | 10000 | = | 100000 |
De cette manière on a en réalité :
| Au lieu de | 100000, | seulement | 64000 | (oginaje temedere) ; |
| — | 10000, | — | 8000 | (oginaje sapo) ; |
| — | 1000, | — | 800 | (gine oginaje) ; |
| — | 100, | — | 80 | (debe). |
L’emploi des cauris comme monnaie est fort ancien. On sait que des coquilles de ce genre ont été retirées des anciennes tombes et des stations préhistoriques de Suède, ou de celles qui sont attribuées aux Anglo-Saxons, ainsi que des tombes païennes de Lithuanie. Chez les anciens écrivains arabes, les cauris sont cités comme monnaies ; quand les Portugais découvrirent et conquirent l’Afrique occidentale, ils les y trouvèrent déjà répandus.
Jadis ils étaient également en usage pour les échanges dans l’Inde, dans le royaume de Siam et aux Philippines. Cette jolie coquille, que l’on nomme aussi « petite tête de serpent » ou « de vipère », est encore plus répandue comme objet d’ornement. Même en Allemagne elle servait à garnir les brides des chevaux, etc. Nulle part pourtant cette coquille n’est autant en usage et n’est apportée en masses aussi considérables qu’en Afrique ; Timbouctou est le point le plus élevé vers le nord de son immense zone d’extension ; les Arabes, qui y ont trouvé les cauris en usage dès leur arrivée, ont dû les accepter, au moins pour le petit commerce. Ces coquillages n’ont jamais trouvé accès comme moyen monétaire dans les oasis du désert et les États du nord de l’Afrique.
A Timbouctou et dans ses environs immédiats on ne peut cultiver aucun produit des champs ou du jardinage, et tout arrive du dehors sur le marché. Parmi les produits alimentaires, les plus importants sont naturellement les grains : j’ai remarqué surtout le froment et le sorgho (millet), qui sont employés à la préparation du pain et du couscous ; puis vient le riz, cultivé au Soudan en grandes quantités, de même que le maïs. On met également en vente du beurre végétal (boulanga), que la population pauvre emploie au lieu de beurre animal, tandis que le reste des habitants s’en sert pour l’éclairage. Au marché on trouve encore des épices, telles que diverses espèces de poivre, de piment, etc., ainsi que des oignons, des fruits et des légumes ; la viande est vendue sur une place spéciale, comme le poisson à demi pourri du Niger. Les pigeons, qui sont ici en masses ainsi que les poulets, forment encore un important article du marché.
Parmi les marchandises importées d’Europe, qui viennent du nord avec les caravanes, les plus importantes sont les draps et les cotonnades bleues, puis le thé vert de Chine, le sucre et les bougies, les dattes et le tabac, ainsi que toute espèce de marchandises de petit volume. Chose bizarre : à Timbouctou comme au Maroc, les pierres précieuses sont très recherchées, quoique le commerce en soit fort limité, car il n’y circule pas assez d’argent pour qu’on puisse réellement vendre des pierres de prix.
Les routes de caravanes les plus importantes sont celles du Maroc et de Rhadamès. Par les premières on entend toutes celles qui viennent de l’oued Noun, de l’oued Sous, de Mogador, de l’oued Draa, du Tafilalet, etc., et sur lesquelles les marchandises sont ordinairement transportées avec l’aide des Tazzerkant. Les négociants de Rhadamès, qui jouent un rôle très important à Timbouctou, apportent toutes les marchandises d’Algérie, de Tunis et de Tripoli.
Il est impossible de déterminer le chiffre des chameaux et la quantité des marchandises arrivant tous les ans à Timbouctou par ces deux faisceaux de routes ; d’ordinaire un certain nombre de petites caravanes se réunissent en une grande, de manière à être plus en sécurité ; mais de faibles troupes de 50 à 60 chameaux n’en traversent pas moins le désert. Il est probable que par ces voies il n’arrive pas annuellement à Timbouctou au delà de 5000 charges de chameaux.
Le tabac et les dattes viennent spécialement du Touat ; Barth cite pour sa qualité le tabac de l’oued Noun ; cependant il semble que ce pays n’en produise plus beaucoup. A Timbouctou et plus loin dans le sud on fume généralement le tabac dans de petites pipes en bois, gracieusement incrustées d’anneaux d’argent, munies d’un bout en fer, et qui sont attachées au cou par un mince cordon de cuir ; un cure-pipe et une pincette pour placer sur le tabac un charbon ardent, tous deux en fer très élégamment travaillé, pendent également à ce cordon, tandis que le tabac, le briquet, la pierre à fusil et l’amadou sont placés dans les jolies petites poches en cuir dont j’ai parlé. Chez les Foulani, aux croyances strictes et aux mœurs ascétiques, le commerce du tabac est interdit : il ne peut être introduit qu’en contrebande.