Parmi les produits exportés de Timbouctou en Europe, les plus importants sont les plumes d’autruche, la gomme et un peu d’or ; la petite quantité d’ivoire qui en est expédiée reste au Maroc ; de même que les Nègres esclaves, encore exportés en assez grand nombre, se répartissent entre les États musulmans du nord de l’Afrique. La gomme et un peu de cire vont plus à Saint-Louis (Ndar) que vers le Maroc.
Si Timbouctou se retrouvait un jour sous l’influence d’un gouvernement puissant, elle prospérerait de nouveau, et les relations commerciales y seraient plus actives. En ce moment cette ville, dominée par tant de maîtres et pourtant sans chef, ne peut augmenter d’importance ; il semble que l’antique querelle entre Foulani et Touareg ne sera pas terminée avant qu’une troisième puissance, un peuple d’Europe, vienne s’immiscer dans leurs luttes. Il faudra, il est vrai, que ce peuple évite avec soin la destinée des Foula sous Hadj Omar. Lui aussi intervint comme le troisième larron entre les deux combattants, mais ce fut pour essuyer dans Timbouctou une terrible défaite.
Dans la situation actuelle du commerce européen et des relations de peuple à peuple, Timbouctou ne reprendra pas son importance avant qu’un autre trafic ait remplacé celui des caravanes, si pénible, si lent et si risqué : il semble que le cours du Niger doive être appelé à jouer un rôle dans ce commerce.
Historique. — On sait que Barth a réussi à trouver et à traduire un manuscrit écrit dans le Gando et qui contient l’histoire détaillée des anciens États nègres, surtout de celui du Sonrhay. Ces annales ont été composées, sous le titre de Tarich es-Soudan, par un lettré nommé Ahmed Baba, qui écrivit un grand nombre d’ouvrages, forma beaucoup d’élèves et jouit partout de la plus grande considération. Son histoire remonte jusqu’à la période de l’hégire, époque à laquelle la dynastie Sa fut fondée dans le Sonrhay ; elle était originaire de Libye. Le quinzième roi de cette dynastie embrassa l’Islam au début du onzième siècle, et depuis cette époque les États du Niger moyen sont demeurés le boulevard principal de cette religion ; dans la suite ils furent également le centre d’une civilisation prospère pour l’époque et d’une grande érudition.
Timbouctou même a été fondé, vers la fin du cinquième siècle, par des Touareg (Imocharh), appartenant surtout aux tribus des Idenan et des Imedidderen ; elle demeura probablement une ville entièrement indépendante jusqu’à ce qu’elle fût conquise par le célèbre Kounkour Mouça, roi du Mellé, vers le milieu du quatorzième siècle. Ainsi, quoique les Touareg, qui y avaient leurs bivouacs depuis longtemps, doivent être considérés comme les vrais fondateurs de Timbouctou, dès le début beaucoup de Nègres du Sonrhay y ont sans doute demeuré, et Barth suppose que la forme primitive du nom de la ville Toumboutou a été empruntée à leur langue ; les Imocharh en ont fait le mot Toumbutcou, qui s’est changé plus tard en Toumbouctou ; dans les derniers temps, l’influence des Arabes surtout a fait transformer ce nom en Timebouctou ; c’est le nom que tous donnent en parlant de la ville, tandis qu’ils écrivent Tinebouctou. Le mot sonrhay toumboutou signifie « bas-fond, dépression », et il s’explique parce que la ville est en quelque sorte placée dans une dépression au milieu des dunes.
Si ancien que soit l’empire du Sonrhay, il y avait déjà longtemps que ses deux voisins, les royaumes du Mellé et du Ghanata, étaient fondés quand il le fut lui-même ; Ahmed Baba raconte que ce dernier avait eu déjà vingt-deux rois lorsque Mahomet commença à répandre sa religion.
En 1326 le Sonrhay et Timbouctou furent conquis par le puissant roi du Mellé, Mansa Mouça, et il construisit dans cette ville un palais, Ma-dougou, et la grande mosquée de Djinguere-Ber. Timbouctou y perdit son indépendance, mais fut incorporée à un grand royaume, en état de la protéger contre les tribus ses voisines. Elle devint très vite prospère et se transforma en un puissant centre de commerce, aux dépens surtout de Oualata. Beaucoup de marchands du Maroc, de l’oued Sous, du Tafilalet, du Touat, etc., quittèrent cette ville pour se fixer à Timbouctou.
Mais, au bout de peu d’années, en 1329, celle-ci fut conquise par le roi païen des Mo-Si, pillée et complètement détruite, après la fuite de la garnison des Mellé. Pendant sept ans Timbouctou demeura abandonnée à elle-même et ne retomba qu’en 1336 au pouvoir du royaume de Mellé, pour y rester les cent années suivantes.
En 1350 le célèbre Arabe Ibn Batouta visita ces pays et alla également à Timbouctou. Il s’embarqua dans son port pour voir la capitale du Sonrhay, Gogo, après avoir été auparavant au Mellé. En 1373 la ville de Timbouctou paraît pour la première fois sur une carte, sous le nom de Timboutch figurant sur la mappemonde catalane.
Le peuple du Mellé perdit de plus en plus son influence, et en 1433 les Imocharh conquirent Timbouctou et en chassèrent pour toujours les Mellé. Le roi targui A’kil ne résida pas dans cette ville, mais y plaça un vice-roi, Toumboutou koy, nommé Mouhamed Nasr, de Chinguit ; c’est de la fin de 1450 que date l’importance de Timbouctou comme entrepôt de sel.