Plus tard il s’établit dans Ségou et le Moassina, soumit à son joug les Nègres bambara, et les convertit en grande partie et de force à l’Islam. On dit qu’il mourut pendant le siège de Hamd-Allahi ; il n’y a rien de certain à cet égard, et les bruits les plus extraordinaires circulent sur sa mort. Nul ne sait exactement où et quand il est tombé ; seule une vieille femme le vit, dit-on, se brûler dans une petite hutte. C’est même une légende encore répandue chez les Fouta que leur grand compatriote vit encore !

Ses fils dominent aujourd’hui tout le pays entre le haut Sénégal et le Niger ; l’aîné est sultan de Ségou ; je reviendrai plus tard sur ces circonstances en décrivant le pays de Kaarta.

Depuis 1864 Timbouctou paraît avoir été exempte de grandes luttes ; Foulbé et Touareg continuent, il est vrai, leurs querelles, mais ils n’inquiètent pas la ville elle-même. Mardochai, qui a passé quelques années à Timbouctou après ces événements, ne parle pas de guerres, et je n’ai également rien entendu dire de semblable. Le changement le plus important qui soit survenu dans l’état politique de Timbouctou, depuis le séjour de Barth, est que le cheikh Abadin, contrairement aux traditions de ses ancêtres, s’appuie davantage sur les Foulbé, tandis que son père recherchait surtout l’aide des Touareg.


CHAPITRE VI

VOYAGE DE TIMBOUCTOU A BASSIKOUNNOU.

Départ de Timbouctou. — Adieux solennels. — Eg-Fandagoumou. — El-Azaouad. — Dayas. — Ouragans et orages. — Benkour. — Les Tourmos. — Les nomades. — Le cheikh es-Sadirk. — Eau malsaine. — Ouragan. — Ras el-Ma. — Tribu des Dileb. — Surprise par les Oulad el-Alouch. — Le cheikh Boubaker. — La latérite. — Les champs de sorgho. — Bassikounnou. — Retour des Tourmos. — Culture. — Le Rhamadan. — Le cheikh foulbé Nisari. — Malaise. — Bœufs. — Rango. — Résistance de Hadj Ali.

Je quittai Timbouctou, qui m’était déjà devenu bien cher, après y avoir passé dix-huit jours seulement. Hadj Ali et Benitez, Kaddour et Farachi étaient ceux de mes compagnons venus du Maroc ; trois hommes de la tribu des Berabich, qui nous avaient loué des chameaux, étaient partis avec nous, de sorte que nous étions huit en tout. Je me servais de l’âne acheté à Timbouctou comme monture ; c’était un excellent animal, qui fit tout le chemin jusqu’à Médine, mais qui arriva en ce dernier lieu dans un tel état d’épuisement, que j’avais douté qu’il pût y parvenir.

Notre bagage était naturellement beaucoup moins considérable qu’à notre arrivée à Timbouctou ; comme vivres je n’avais qu’un peu de riz, de couscous, de thé et très peu de café et de sucre. Quelques pièces de cotonnade bleue, un petit sac de cauris et une faible quantité d’or qui me restait de la vente des chameaux, ainsi qu’environ une douzaine de douros d’Espagne, composaient toute ma fortune. Il me semblait impossible d’arriver jusqu’à Médine avec de pareilles ressources, car je devais encore louer quatre ou cinq fois en route des animaux frais avec de nouveaux conducteurs. En outre j’avais quelques couvertures de laine et des tobas, que j’avais achetées ou reçues en présent et que je désirais rapporter en Europe ; Hadj Ali en possédait aussi, que l’on nous a du reste repris en grande partie pendant ce voyage.

Les adieux qu’on nous fit lors de notre départ de Timbouctou eurent un caractère absolument cordial et même grandiose.