Le nom de Foulania indique que les Foulani ou Foulbé ont pénétré jadis jusque dans ces pays. Nous y voyons cette fois des traces de lions, mais sans apercevoir un seul de ces animaux. Elles sont encore plus fréquentes le jour suivant, où la faune devient plus riche : au loin apparaissent des troupeaux de bœufs sauvages ou d’antilopes, qui pas plus qu’à l’ordinaire ne s’approchent à portée de fusil. La viande fraîche eût été cependant fort bien accueillie par nous, car les moutons que nous avions emmenés étaient déjà dévorés, et le chemin devait être beaucoup plus long qu’on ne nous l’avait dit.
Ici le monde des oiseaux est également riche et varié : le pays situé près des étangs de Ras el-Ma serait extrêmement apprécié des chasseurs : mes gens me contèrent que, la nuit, de nombreux animaux s’y rendent pour boire ; les bœufs, les gazelles, les zèbres, etc., sont fréquents en cet endroit ; mais les grands carnassiers, qui y trouvent un excellent terrain de chasse, sont par suite fort nombreux.
Ce jour-là nous marchons de sept à onze heures et de quatre à six heures et demie ; le terrain s’élève peu à peu. A la suite de la pluie d’hier il fait extrêmement chaud ; aussi nous nous traînons péniblement dans la plaine herbeuse et sans ombre.
Le 31 juillet nous marchons de trois heures à neuf heures et demie du matin vers le sud-ouest ; il semble que Bassikounnou soit beaucoup plus loin à l’ouest que ne l’indiquent généralement les cartes. Nous nous trouvons sur des chemins tracés par les chameaux, ce qui indique une certaine circulation. Ce doit être probablement une des directions qui mènent dans les villes du pays d’el-Hodh. De Ras el-Ma une route va directement à Oualata sans passer par Timbouctou ou Araouan ; on dit qu’elle n’est longue que de dix journées de marche ; mais, d’après ce que l’on appelle ici une journée, il faut compter certainement le double de temps. Cette route à dû être suivie par l’officier de spahis français Alioun Sal, déjà nommé, lorsqu’il se dirigea de Oualata à Bassikounnou. Comme il n’existe aucune carte de son itinéraire, il est naturellement difficile de le déterminer ; mais je suis porté à croire qu’il alla de Oualata à Ras el-Ma et de là à Bassikounnou par le même chemin que moi.
La végétation devient toujours plus riche et plus variée à mesure que nous approchons de ce dernier point ; le monde des insectes montre de nombreuses formes que je n’avais jamais vues ; mais les chameaux en souffrent beaucoup. Le corps de ces malheureux animaux étant toujours assailli de taons, etc., un homme doit suivre à pied pour les en débarrasser. Les oiseaux sont également plus nombreux et de couleurs plus vives ; ce pays renferme aussi d’excellents chanteurs ; des arbres et des buissons que nous n’avons pas encore rencontrés apparaissent, sinon sous forme de forêts, du moins en assez grand nombre, et donnent au paysage le caractère d’un parc.
Le soir, de quatre à sept heures, nous marchons un peu plus vers le sud, jusqu’à quelques douars de la tribu arabe des Dileb ; là aussi nous sommes amicalement accueillis, et l’on nous donne du lait frais. Un peu au sud se trouve la fontaine de Soulima, et, plus vers le sud-est, un autre puits, le Bir el-Arneb ; nous apercevons dans cette direction quelques chaînes de hauteurs.
Le jour suivant, 1er août, nous conduit encore dans un joli paysage, riche en végétation. Nous partons à six heures du matin, pour marcher jusque vers dix heures au sud-ouest ; nous atteignons le puits Bouguentou, où nous prenons de l’eau ; il se trouve également là une daya, desséchée en ce moment. L’après-midi est encore consacré à une courte marche, d’une heure et demie, qui nous conduit à un petit douar d’une fraction de la tribu des Dileb ; nous y dressons nos tentes et y passons la nuit. Le lait et le peu de viande fraîche que nous y recevons sont les bienvenus. Comme nous faisons des marches très courtes, afin de ménager nos chameaux, que les insectes tourmentent horriblement, nous mettons beaucoup plus de temps que nous n’avions compté pour aller à Bassikounnou ; aussi nos provisions menacent d’être vite épuisées. Dans notre voisinage se trouve le puits Adar, qui est mis fort à contribution par les gens de la tribu.
Le 2 août nous faisons encore une marche dans la direction générale du sud-ouest. Le sol devient constamment plus argileux et plus fertile, et la végétation y croît en vigueur et en variété. Il y a ici d’excellents pâturages, mais qui paraissent être peu mis à profit, car ils sont déjà trop au sud. La véritable région des Arabes nomades est constituée par les terrains plus sablonneux de Ras el-Ma et par leur prolongement vers l’ouest ; les troupeaux s’y trouvent évidemment mieux que dans les contrées méridionales, trop riches en insectes.
De quatre à dix heures et demie du matin nous marchons au sud-ouest ; l’après-midi, au contraire, nous ne pouvons faire qu’une heure de route, car le ciel se couvre, et à peine avons-nous dressé les tentes, qu’un orage terrible éclate. L’averse durant assez longtemps, nous nous occupons à remplir d’eau de pluie toutes sortes de vases et à en verser le contenu dans les outres ; l’eau de la dernière daya était encore très mauvaise, et je me demande comment elle n’a pas complètement dérangé tous nos estomacs. Le manque d’eau courante est le principal inconvénient de ce pays de plateaux ; son altitude s’accroît très insensiblement en allant vers le sud, de sorte que nous avons déjà atteint 260 mètres.
Le 3 août de l’année 1880 restera toujours dans ma mémoire, car il vit se dérouler un événement qui parut destiné à donner d’un seul coup une conclusion inattendue à mon voyage.