Séjour à Saint-Louis. — Mauvais port. — Fièvre jaune. — La ville de Saint-Louis. — Conduites d’eau. — Fête de Noël. — La colonie du Sénégal. — Son étendue. — Les rivières. — Le climat. — La population. — Historique. — Traités avec les indigènes. — Agriculture, commerce et industrie. — Les chemins de fer du Soudan et le Transsaharien.
Mon séjour à Saint-Louis, chef-lieu du Sénégal, que nous avions atteint le 22 novembre 1880, se prolongea, contre ma volonté, pendant près de six semaines. Le gouverneur d’alors, Brière de l’Isle, avait mis à ma disposition une jolie maison, tandis que mes trois compagnons étaient hébergés dans un hôtel. Nous nous y réunissions pour prendre nos repas en commun. Je fis entrer plus tard Benitez à l’hôpital, pour qu’il y reçût les soins convenables ; il y passa douze journées et se sentit rétabli. On y paye 10 francs par jour, et l’installation intérieure, l’alimentation, etc., répondent à ce prix.
J’eus moi-même, pendant mon séjour à Saint-Louis, quelques accès de fièvre, mais qui disparurent bientôt. La réception que me réservaient le gouverneur et les habitants fut très honorifique. La « population civile » organisa un banquet, auquel prirent part une grande partie des notables de l’endroit ; j’y donnai un court résumé de mon voyage. De même je communiquai au gouverneur Brière de l’Isle un rapport sur ses résultats ; ils éveillaient un intérêt d’autant plus grand que l’expédition de Galliéni se trouvait encore à ce moment dans l’intérieur, et que depuis longtemps il n’était parvenu aucune nouvelle la concernant. Il est vrai que je ne pouvais donner rien de nouveau à son sujet, car pendant mon voyage il n’avait circulé à ma portée que des bruits très vagues sur son séjour à Ségou. Mais, durant mon séjour, des lettres et des cartes de lui parvinrent à Saint-Louis, et, peu de mois après, toute sa mission était de retour.
Je reçus également en avance, du gouverneur, de la manière la plus obligeante, les sommes nécessaires pour faire honneur à mes engagements et payer les frais de mon séjour et du retour dans mon pays.
Comme je l’ai dit, je ne pus quitter Saint-Louis suivant mon désir, parce que la fièvre jaune avait éclaté parmi les troupes. Les communications ordinaires entre l’Europe et le Sénégal s’établissent au moyen de la ligne de l’Amérique du Sud des Messageries maritimes, dont les bâtiments vont de Bordeaux à Dakar ; ou au moyen des bateaux-poste de Liverpool, qui desservent régulièrement les places de l’Afrique occidentale ; et touchent également à Dakar. Il est très fâcheux que ces navires ne puissent arriver directement à Saint-Louis, car les passagers sont forcés de faire, à partir de Dakar, un voyage de vingt-quatre heures dans un petit vapeur côtier. Il arrive également que la mer est si mauvaise que ce bâtiment ne peut naviguer : alors les voyageurs doivent entreprendre un voyage de trois jours à dos de chameau, à travers le Cayor, pour atteindre Saint-Louis. L’embouchure du Sénégal, sur ce dernier point, est fermée par une barre de sable, traversée de canaux étroits, changeant fréquemment de position et qui ne permettent le passage qu’aux bâtiments d’un faible tirant d’eau. Cette barre ne peut pas toujours être franchie, et il arrive assez souvent qu’un grand nombre de navires doivent attendre des jours et même des semaines, en deçà comme au delà de l’embouchure, avant de pouvoir continuer leur route. La mer est très mauvaise dans ces parages et le ressac très violent ; les chenaux se déplacent souvent, de sorte que seuls des pilotes qui les sondent constamment, et sont placés là spécialement à cet effet, peuvent faire entrer et sortir les bâtiments. Le tirant d’eau de ceux-ci doit être faible ; aussi ne charge-t-on qu’à moitié les navires sortants, avant de leur faire passer la barre, tandis que les grands bâtiments à voile, qui arrivent à pleine cargaison, sont allégés au dehors.
Rue Nationale à Saint-Louis.
Sur le palais du gouvernement est hissé chaque matin un pavillon qui indique l’état de la barre. Le rouge annonce : barre bonne et franchissable ; le bleu : mauvaise barre, chenal ensablé et ressac violent. Les guetteurs de la tour du palais observent avec des longues-vues les signaux faits par les pilotes.
Il est incompréhensible qu’un centre commercial de l’importance de Saint-Louis puisse résister à des circonstances aussi défavorables, et se maintienne dans la situation acquise.
Le Sénégal, ce grand fleuve, qui offre un chemin commode pour gagner les riches pays de l’intérieur, est du plus haut intérêt au point de vue du commerce, de sorte que les négociants supportent les incommodités et les frais qu’entraîne le séjour de Saint-Louis, plutôt que de se fixer à Gorée ou à Dakar, beaucoup mieux partagées comme ports. D’après cela, on comprendra combien une voie ferrée de Dakar à Saint-Louis aurait d’importance pour transporter rapidement dans cette dernière ville les passagers, marchandises et lettres.