Pont sur le Sénégal à Saint-Louis.

Pour suppléer à ce manque d’eau, on a déjà étudié divers projets. A la pointe nord de l’île on a même creusé un puits artésien, mais qui n’a donné que de l’eau saumâtre. Un des gouverneurs précédents, Pinet-Laprade, avait fait étudier l’établissement d’un aqueduc, mais c’est d’aujourd’hui seulement que ce projet semble entrer dans la réalité. Le conseil général a voté en 1879 une somme de 1600000 francs pour l’alimentation de la ville en eau potable. On la puisera à environ 12 kilomètres de Saint-Louis, au moyen de machines à vapeur, qui la conduiront dans un château d’eau situé à 90 mètres d’altitude, et de là, par des conduites en fonte, jusqu’à la ville.

Arabe de Saint-Louis.

La majorité de la population indigène est mahométane ; la mosquée est assez vaste. Les Arabes qui se trouvent dans la ville ont coutume de donner des fantasias sur une grande place. Tout près de là sont les paillotes de la petite colonie bambara, tandis que les Ouolof habitent exclusivement des maisons en pierre.

Saint-Louis possède une imprimerie du gouvernement, qui publie le Moniteur du Sénégal, journal officiel paraissant deux fois par semaine, et l’Annuaire du Sénégal et des dépendances.

Peu avant mon arrivée, le Cercle (Casino) avait été ouvert de nouveau, après avoir été dissous deux fois par le gouverneur. Il a été fondé par une réunion de négociants, de fonctionnaires et d’officiers, qui ont organisé un restaurant et des salles de jeu ; tout étranger respectable y peut être aisément admis. L’harmonie entre la population civile et le gouverneur ne paraissait pas très grande pendant mon séjour.

Les négociants établis à Saint-Louis sont exclusivement Français : il n’y a ni Anglais ni Allemands à la tête d’une affaire indépendante. Quelques Allemands vivent ici comme employés ou représentants de maisons françaises.

La fête de Noël fut très intéressante. La population noire chrétienne a l’habitude de faire de grandes processions à cette époque ; elle fabrique toutes sortes d’objets en papier coloré, bâtiments, maisons, etc., que l’on éclaire à l’intérieur et que l’on promène au milieu des chants et de la musique. On stationne d’abord devant le palais du gouverneur, puis on parcourt toutes les rues en s’arrêtant à chaque maison ; de chaque côté de la procession suivent des gens avec de grandes bourses, où l’on jette de l’argent. Les objets promenés, éclairés magnifiquement, sont souvent faits avec une grande habileté ; je vis des navires de quelques mètres de long, avec tout leur attirail, de grandes maisons, ou des églises hautes de deux mètres, éclairées à l’intérieur et que ces gens promenaient avec précaution dans les rues. C’est un spectacle bienvenu pour la jeunesse noire, et, pendant les soirées où l’on fait ces processions, les rues sont remplies de gens qui arrêtent la circulation. La somme recueillie, généralement assez importante, est divisée entre les membres de la cérémonie ; le gouverneur a l’habitude d’y contribuer pour une forte part.

Dans la jolie maison qui m’avait été donnée se trouvait à cette époque un prisonnier, un marabout fouta. Il habitait une des pièces du rez-de-chaussée, et y était laissé en liberté, mais ne devait pas la quitter ; un agent de police noir y logeait également avec sa famille. Les Fouta d’entre Matam et Saldé créent constamment toutes sortes de difficultés aux Français, qui envoient souvent contre eux des bâtiments de guerre. Auprès de l’un de leurs villages, on avait attiré sur un navire cet homme influent et l’on était reparti avec lui.