Il est très important de pousser les lignes télégraphiques plus loin dans l’intérieur : tandis que tous les autres postes étaient, lors de mon passage, reliés entre eux par cette voie, l’intervalle situé entre Matam et Saldé demeurait encore sans communication de ce genre, de sorte que les dépêches devaient y être portées par des messagers.
Les Fouta se sont déclarés jusqu’ici opposés à la pose des fils télégraphiques, et l’on n’a pu rien faire pour vaincre cette résistance. Cette difficulté aura certainement été levée depuis l’envoi de tant de troupes dans le haut Sénégal : les relations des forts entre eux et avec le gouverneur de Saint-Louis auront paru d’une nécessité plus urgente.
Étendue de la colonie. — Le Sénégal et ses dépendances comprennent plusieurs points de la rive gauche du fleuve, les côtes et une petite fraction du pays nommé Sénégambie, c’est-à-dire situé entre le Sénégal et la Gambie, et s’étendent vers le sud, le long du littoral, sur une partie des territoires entre Sainte-Marie de Bathurst et Sierra Leone. La côte d’Afrique est très basse et longée de nombreux bancs de sable, où viennent se briser les flots de l’océan Atlantique ; à l’embouchure des fleuves se sont donc formées des barres, qui ne peuvent être franchies que par les temps tranquilles, avec des pilotes connaissant les lieux, et exactement au courant du déplacement des sables. Les parties orientales de la colonie sont au contraire montagneuses, et du Fouta Djalon s’étendent dans l’intérieur de nombreux contreforts, qui courent vers le nord et l’ouest. L’aspect du pays situé entre le Sénégal et la Gambie est triste et désolé, sauf ces montagnes. Ce sont généralement des régions sablonneuses, avec une végétation rare et chétive, qui ne rappelle pas le moins du monde la flore des pays subtropicaux. Néanmoins le sol est fertile, et la population, qui n’est pas très dense, pourrait en cultiver davantage, et en échanger les produits contre des articles européens, si elle n’était détournée de cette mise en culture par des querelles trop fréquentes.
Ce n’est qu’au sud de la Gambie, près de la rivière de Casamance, que le pays prend le caractère commun à tous ceux placés sous cette latitude. Les rivières les plus importantes sont :
1o Le Sénégal, l’un des plus grands fleuves de l’Afrique occidentale après le Niger, est formé de la réunion des rivières Bakhoy et Bafing, près du poste militaire de Bafoulabé. A son embouchure se trouve, entre deux de ses bras, sur un banc de sable, la capitale de la colonie, Saint-Louis, qui est, après Saint-Paul de Loanda, la plus grande et la plus belle des villes de l’Afrique occidentale.
Paysage près de Saint-Louis.
Une population variée habite le bassin de ce fleuve ; sur ses deux rives, dans son cours supérieur, se trouvent les Bambara, les Sarakollé, les Toucouleur et les Foulbé ; sur la rive droite des parties moyenne et inférieure habitent les Maures, et sur la rive gauche les Toucouleur, les Foulbé et les Ouolof. Les grandes régions ont des noms particuliers, et parmi elles on distingue les pays suivants : sur la rive droite le Gouidimaka, le Djomboko, le Kaarta et le Fouladougou : sur la rive gauche, le Oualo, le Dimar, le Toro, le Fouta, le Damga, le Gouoyé, le Boumbdou, le Kaméra, le Bambouk, le Biania Kadougou. Quelques-uns de ces pays appartiennent à la France, d’autres sont protégés par elle, et le reste entièrement indépendant. Les deux plus importants parmi les affluents, très peu nombreux, du Sénégal sont la Falémé au sud et le Kouniakari au nord. Pour assurer l’influence française sur le fleuve, on a élevé les forts suivants le long de sa rive gauche ; Richard-Toll, Dagana, Podor, Aéré, Saldé, Matam, Bakel, Médine, Bafoulabé (et plus loin Kita).
2o La rivière de Saloum sort d’une grande plaine inondée en temps de pluie, arrose le pays du même nom, et a trois bouches principales. Elle traverse les parties méridionales du Siné, du Gouilor et du Bar. A environ soixante milles marins dans l’intérieur se trouve sur sa rive droite le fort de Kaolack.
3o La rivière de Gambie appartient aux Anglais.