«L'honneur sans argent n'est qu'une maladie.»[17]

l'amour sans écus est une folie. L'amour disparaît, la position demeure. Et les jeunes gens se séparent. Svanhild épouse le riche négociant qui lui a découvert le sens de la vie; quant à Falk, il se met, je crois, à étudier la théologie. Ils prennent pour prétexte de leur séparation le désir de rester en plein rêve et de ne pas voir sombrer sous les coups de la réalité les splendeurs de leur songe, mais le fait est qu'ils brisent leur bonheur, ils le brisent eux-mêmes de leurs propres mains. Et la cause? Leur volonté est abolie. Ils n'ont pas de volonté d'agir, de tenter le bonheur.

Gina, la femme de Hialmar, est l'ancienne maîtresse de Werlé, riche industrie[18]. Hialmar, confiant, ignore qu'il y a de la boue à l'origine de son mariage, et que son foyer repose sur un mensonge. Le fils de Werlé, Grégoire, ancien ami de Hialmar, atteint d'une maladie qu'un des personnages de la pièce désigne sous le nom de «fièvre de justice aiguë», se décide à apprendre au mari le passé de sa femme. «Hialmar, connaissant la faute de Gina, pourra la lui pardonner; il n'y aura plus de mensonge entre eux, ils seront parfaitement heureux, et leur bonheur, fondé sur la vérité, sera solide autant qu'ineffable.»

Après l'explication entre les époux, Grégoire entre, leur tendant les mains:

GRÉGOIRE.—Eh bien, mes chers amis, est-ce fait?

HIALMAR.—C'est fait. J'ai vécu l'heure la plus amère de ma vie,

GRÉGOIRE.—Mais aussi la plus pure, n'est-ce pas?

HIALMAR.—Enfin, pour le moment c'est fini.

GINA.—Que Dieu vous pardonne, monsieur Werlé!

GRÉGOIRE (avec un profond étonnement).—Je n'y comprends rien.