—Celui-là, répondit Tchetchevik, celui-là est un homme, et si tous étaient comme lui, rien ne serait perdu. Le jour où son âme paraîtra devant Dieu, nul ne pourra dire qu’elle habitait sur la terre un tronc de bois pourri. Il a ses travers, bien sûr,—il n’est pas parfait,—mais il aime son pays plus que sa vie, plus que son orgueil même. Il a consenti à tout, oui, même à s’effacer devant la brute de là-bas, et c’est beau cela! car une tête haute et fière, cela n’est pas fait pour plier. Enfin, c’est fait. Il a écrit. Par exemple, sa plume grinçait sur le papier comme l’écorce de bouleau sur un tas de charbon ardent.
—Ma foi! dit Knich, ça se comprend. Cela a dû lui coûter.
—Il le fallait, dit l’impassible Tchetchevik.
—Alors, reprit Knich, nous pouvons dire que, grâce à Dieu et à toi, la moitié de la besogne est faite; reste l’autre ataman, l’ataman resté seul! Celui-là excelle à tourner dans un rond.
—Nous ferons le manége avec lui, dit Tchetchevik, mais nous agrandirons son cercle.»
Quittant Knich tout à coup, le grand ami jeta au fond de la barque un manteau épais et, s’emparant de Maroussia, malgré sa résistance, il la coucha doucement sur le manteau.
«J’oubliais de faire dormir mon enfant, dit-il.
—Je ne veux pas dormir, dit la petite fille.
—Ne dors pas, mais reste couchée, dit le grand ami d’une voix ferme. Je te conterai des histoires tout à l’heure.»
Au lieu de dormir au fond de son bateau, Maroussia, à demi soulevée sur son coude, regardait. Quels yeux que les siens pour tout voir avant tous les autres!