«Merci! ma jolie enfant, j’aurais été fâchée de le perdre.»
Personne, je crois, si ce n’est Maroussia, n’avait vu tomber ce mouchoir.
Les grands yeux de l’aimable femme enveloppèrent l’enfant dans leur profond regard et allèrent, avec intérêt, d’elle au vieux musicien. «Tu n’es pas des environs, dit-elle à l’enfant, je ne t’ai jamais vue; viens-tu de loin, ma mignonne?
—De bien loin, lui répondit Maroussia.
—Je comprends alors pourquoi tu as l’air fatigué. De quel point de l’Ukraine viens-tu donc?
—Cette petite tête ne saura jamais retenir tous les noms des lieux qu’elle a visités, dit le vieux chanteur. Nous avons vu bien des choses et bien des gens, madame, du bon et du mauvais, des champs dévastés par les batailles et des blés, dernier espoir de l’Ukraine, encore sur pied. Mais, grâce à Dieu! nous avons trouvé notre chemin; comme on dit chez nous: quoique l’attelage soit de travers, la voiture va droit au marché.
—Mes amis, répondit la gracieuse femme, venez tantôt vous présenter au grand ataman. A moi vous raconterez votre voyage; à lui vous chanterez vos chansons. Chacun ainsi sera servi suivant ses goûts.»
Elle donna de la main, en guise de caresse, une petite tape sur la joue de Maroussia, et disparut dans la foule qui remplissait l’église.
On entendait déjà la voix du père Mikaïl qui commençait l’office.