[Note 1: Livre II de ses Histoires.]

Le president de Thou[1] raconte ce qui suit: "Le propre jour que la ville d'Afrique, jadis Aphrodisium fut prise sur les Turcs par l'armee de l'empereur Charles V, de laquelle estoyent chefs Antoine Dore et Christofle de Vegue, une plaisante avanture fut prise a bon presage par les assiegeants. Vegue avoit en ses pavillons une biche privee qu'on scait etre un animal qui se donne l'espouvante au moindre bruit qu'on face. Neantmoins le jour de l'assaut environ le quinziesme de septembre 1550, ceste biche non tracassee de personne, ains de son mouvement, monte a la bresche et sans s'esfaroucher au bruit des huees de tant de soldats, ni de l'artillerie qui tonnoit horriblement, ni des baies qui siffloient de celle part, passa outre, et entra la premiere devant tous les soldats dedans la ville, laquelle tost apres fut emportee d'assaut, plusieurs Mores et Turcs tues a la bresche et par les places, et dix mille personnes de divers aage reduites en captivite par les victorieux."

[Note 1: A la fin du Ve livre de l'Histoire de son temps.]

Alvaro Gamecius[1] raconte que "Le cardinal Ximenes s'aprestant pour aller faire la guerre aux Mores en la coste de Barbarie, estant en un village nomme Vaiona, l'on y vid en l'air durant quelques jours une croix, de quoi chascun discouroit a sa fantaisie. Ximenes pensant a ce prodige, et prestant l'oreille aux diverses conjectures qu'on lui en proposoit, un de la troupe lui dit: Monseigneur, ceste croix vous admoneste de partir sans long delai: Vaiona est presque autant que Veayna, ce mot, en langue espagnole (Ve-ayna) signifie va viste. En s'embarquant, la croix se montra en Afrique: alors un evesque nomme Cazalla s'ecriant aux soldats leur dit: Courage, mes amis! la victoire est nostre sous ce signal. Un autre cas survint alors: c'est qu'un grand et furieux sanglier descendu des costaux bocageux proches de la rade, traversa quelques compagnies bien rangees: sur quoi grandes huees se firent, chascun criant: Mahomet! Mahomet! De sorte qu'a coups de dards et d'autres traits le sanglier fut terrasse mort. Au contraire l'arriere garde de l'armee des Mores fut remarquee suivie d'un tres grand nombre de vautours, oiseaux carnassiers. L'on n'entendoit es forests proche d'Oran que rugissemens de lions, lesquels es nuicts suivantes s'assemblerent par troupes et allerent devorer les corps tues. Comme les Espagnols assailloyent Oran, on vid deux arcs en ciel sur la ville. Lors un docte personnage a la suite de Ximenes, eslongne dela se mit a crier: Oran est a nous! Ximenes en dit autant a ses amis: et comme il continuoit a discourir de ce presage, les nouvelles lui vindrent de la prise. Ce que je vais dire, adjouste Gomez, semblera de tout admirable: mais rien ne fut estime plus certain pour lors, et plusieurs le remarquerent en leurs escrits. Outre les lettres de particuliers a leurs amis, Gonsales, Gilles, et celui qui escrivit en latin l'histoire de ceste guerre de Barbarie, afferment tres expressement que le soleil s'arresta et contint son cours quatre heures et plus durant le combat des Espagnols contre les Mores d'Oran. Car ainsi que les Espagnols pretendoyent gagner la montagne, le soleil commencoit a baisser: ce qui troubloit fort Pierre de Navarre, chef des troupes, ne les voyant encore qu'au pied de la montagne. Ximenes avoit bien remarque cest arrest du soleil, mais il s'en teut, jusques a ce que cette merveille fut divulguee partout. On asseure aussi que quelques Mores ayant pris garde a cela, tout estonnez de ce signe du tout extraordinaire et miraculeux, abjurerent le mahometisme et se firent baptiser."

[Note 1: Au IVe livre de l'Histoire de Fr. Ximenes, cite par
Goulart, Thresor des histoires admirables, t. IV. p. 682.]

D'apres Joachim Curseus[1], "Matthias surnomme Corvin, couronne roi de Hongrie l'an 1464, quelques annees apres faisant forte guerre aux Turcs, sans vouloir entendre ni a paix ni a trefve avec eux, assiegea une de leurs forteresses nommee Sabaai, quoiqu'elle eut cinq mille hommes de guerre en garnison. Il la fit battre rudement, et durant les plus grands tonnerres de son artillerie, portant balles de calibre et poids extraordinaire, s'endormit si profond, quoique d'ordinaire ce fust le plus vigilant et le moins dormant de son temps, qu'il ne se resveilla qu'a haute heure, encore que son chambellan l'appelast souvent et a haute voix. Ce qui lui fut un presage de victoire, car tost apres, il forca ceste place paravant estimee imprenable. Plutarque en dit autant d'Alexandre le Grand devant la bataille d'Arbelles contre Darius."

[Note 1: En ses Annales de Silesie, cite par Goulart, Thresor des histoire admirables, t. III, p. 320.]

Suivant Arluno[1], "Peu avant la prise de Ludovic Sforce, duc de Milan, emmene prisonnier en France, ou il mourut a Loches, on ouit autour du chasteau de Milan, sur la miniuct, un cliquetis d'armes, des sons de tambours et fanfares de trompettes; on vid des baies enflammees lescher les murailles. Dans le chasteau furent veus des conils ayans deux testes, des chiens furieux courir de chambre en chambre, et disparoir soudainement. Auparavant, comme Sforce faisoit revue de son armee, presque au mesme endroit ou quelque temps apres il fut pris prisonnier, le cheval de guerre sur lequel il estoit monte fondit par deux fois sous son maistre, et broncha par terre, sans qu'au cheval apparust douleur, foulure ni foiblesse quelconque."

[Note 1: En son Histoire de Milan, IIe section, citee par
Goulart, Thresor des histoires admirables, tome IV, p. 332.]

Le docteur Aubery[1] cite par Goulart, raconte que "En la chapelle de Bourbon l'Archambauld a cinq lieues de Moulins, se presentent infinis embellissemens en pierre, bois, bronze et es vitres merveilleuses en l'esmail de leurs diverses couleurs. Les vistres qui sont au coste du couchant se voient enrichies de fleurs de lys sans nombre, et traversees ci-devant d'une barre. Mais le mesme jour que Henri III fut meschamment assassine, la foudre emporta cette barre, sans endommager les fleurs de lys qui la touchoient: presage heureux de l'acquisition du sceptre de France due a la royale maison de Bourbon."