"J'ai entendu, dit Jean Wier, cite par Goulart[1], que le diable tourmenta durant quelques annees les nonnains de Hessimont a Nieumeghe. Un jour il entra par un tourbillon en leur dortoir, ou il commenca un jeu de luth et de harpe si melodieux, que les pieds fretilloyent aux nonnains pour danser. Puis il print la forme d'un chien se lancant au lict d'une soupconnee coulpable du peche qu'elles nomment muet. Autres cas estranges y sont advenus, comme aussi en un autre couvent pres de Cologne, le diable se pourmenoit en guises de chiens et se cachant sous les robes des nonnains y faisoit des tours honteux et sales autant en faisoit-il a Hensberg au duche de Cleves sous figures de chats."

[Note 1: Thresor d'histoires admirables, etc.]

"Les mauvais esprits, dit dom Calmet[1], apparoissent aussi quelquefois sous la figure d'un lion, ou d'un chien, ou d'un chat, ou de quelque autre animal, comme d'un taureau, d'un cheval ou d'un corbeau: car les pretendus sorciers et sorcieres racontent qu'au sabbat on le voit de plusieurs formes differentes, d'hommes, d'animaux, d'oyseaux."

[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. Ier, p. 44.]

"Le diable n'apparoit aux sorciers dans les synagogues qu'en bouc, dit Scaliger[1]; et en l'Escriture lors qu'il est reproche aux Israelites qu'ils sacrifioient aux demons, le mot porte aux boucs. C'est une chose merveilleuse que le diable apparoisse en cette forme.

[Note 1: Scaligerana, Groeningue, P. Smith, 1669, in-12. 2e
partie, article Azazel.]

"Les diables, dit-il plus loin[1], ne s'addressent qu'aux foibles; ils n'auroient garde de s'addresser a moy, ie les tuerois tous."

[Note 1: Meme ouvrage, article Diable.]

Quelquefois le diable apparait sous la forme empruntee d'un corps mort.

"Je ne puis, dit Le Loyer[1], pour verifier que les diables prennent des corps morts qu'ils font cheminer comme vifs, apporter histoire plus recente que celle-ci. Ceux qui ont recueilliz l'histoire de notre temps de la demoniaque de Laon disent qu'un des diables qui etoit au corps d'elle appele Baltazo print le corps mort d'un pendu en la plaine d'Arlon pour tromper le mary de la demoniaque, et la fraude du diable fut descouverte en ceste facon. Le mary estoit ennuye des frais qu'il faisoit procurant la sante de sa femme, n'y pouvant plus fournir. Il s'addresse donc a un sorcier, qui l'asseure qu'il delivrera sa femme des diables desquels elle estoit possedee. Le diable Baltazo est employe par le sorcier et mene au mary qui leur donne a tous a souper, ou se remarque que Baltazo ne but point. Apres le souper, le mary vint trouver le maitre d'escole de Vervin en l'eglise du lieu, ou il vaquoit aux exorcismes sur la demoniaque. Il ne luy cele point la promesse qu'il avoit du sorcier, et reiteree de Baltazo durant le souper qu'il gueriroit sa femme, s'il le vouloit laisser seul avec elle: mais le maitre d'escole avertit le mary de prendre bien garde de consentir cela. Quelque demie heure apres le mary qui s'etoit retire, amene Baltazo dans l'eglise, que l'esprit Baalzebub qui possedoit la femme appela incontinent par son nom, et luy dit quelques paroles. Depuis Baltazo sort de l'eglise, disparoit et ne scait-on ce qu'il devint. Le maistre d'escole qui voit tout cecy, conjure Baalzebub, et le contraint de confesser que Baltazo etoit diable et avoit prins le corps d'un mort, et que si la demoniaque eut este laissee seule, il l'eust emportee en corps et en ame."