[Note 1: Discours et histoires des spectres, visions, etc. p. 244.]
"L'exemple de Nicole Aubry, demoniaque de Laon est plus que suffisant pour montrer ce que je dis, ajoute Le Loyer[1]. Car devant que le diable entrast en son corps, il se presenta a elle en la forme de son pere decede subitement, luy enjoignit de faire dire quelques messes pour son ame, et de porter des chandelles en voyage. Il la suivoit partout ou elle alloit sans l'abandonner. Cette femme simple obeit au diable en ce qu'il lui commandoit, et lors il leve le masque, se montre a elle, non plus comme son pere, mais comme un phantosme hideux et laid, qui luy persuadoit tantost de se tuer, tantost de se donner a luy.—Cela se pouvoit attendre par les reponses que la demoniaque faisoit au diable, luy resistant en ce qu'elle pouvoit.—Je me veux servir de l'histoire de la demoniaque de Laon attestee par actes solennels de personnes publiques, tout autant que si elle estoit plus ancienne. Il y a des histoires plus anciennes qu'elle n'est, ou a peine on pourroit remarquer ce qui s'est veu en ceste femme demoniaque. Ce fut pour nostre instruction que la femme fut ainsi tourmentee au coeur de la France, mais notre libertinisme fut cause que nous ne les peusmes apprendre."
[Note 1: Discours et histoires des spectres, visions, etc., p. 320.]
Bodin[1] fait connaitre une histoire analogue:
[Note 1: Demonomanie, livre III, ch. VI.]
"Pierre Mamor recite, dit-il, qu'a Confolant sur Vienne, apparut en la maison d'un nomme Capland un malin esprit se disant estre l'ame d'une femme trespassee, lequel gemissoit et crioit en se complaignant bien fort, admonestant qu'on fist plusieurs prieres et voyages, et revela beaucoup de choses veritables. Mais quelqu'un lui ayant dit: Si tu veux qu'on te croye dis Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Sa reponse fut: Je ne puis. Alors les assisants se mocquerent de lui, qui s'enfuit en fremissant."
Le diable prend meme parfois la forme de personnes vivantes.
Voici par exemple ce que rapporte Loys Lavater[1]:
[Note 1: Trois livres des apparitions des esprits, fantasmes, prodiges, etc., composez par Loys Lavater, plus trois questions proposees et resolues par M. Pierre Martyr. Geneve, Fr. Perrin, 1571, in-12.]
"J'ai oui dire a un homme prudent et honnorable baillif d'une seigneurie dependante du Zurich, qui affirmoit qu'un jour d'este allant de grand matin se promener par les prez, accompagne de son serviteur, il vid un homme qu'il cognoissoit bien, se meslant meschamment avec une jument: de quoy merveilleusement estonne retourna soudainement, et vint frapper a la porte de celuy qu'ils pensoyent avoir veu, ou il trouva pour certain qu'il n'avoit bouge de son lict. Et si ce bailli, n'eust diligemment seu la verite, un bon et honneste personnage eust este emprisonne et gehenne. Je recite ceste histoire, afin que les juges soyent bien avisez en tels cas. Chunegonde, femme de l'empereur Henry second, fut soupeconnee d'adultere, et le bruit courut qu'elle s'accointoit trop familierement d'un gentilhomme de la cour. Car on avoit veu souvent la forme d'iceluy (mais c'estoit le diable qui avoit pris ce masque) sortant de la chambre de l'empereur. Elle monstra peu apres son innocence en marchant sur des grilles de fer toutes ardentes (comme la coutume estoit alors) et ne se fit aucun mal."