Un etranger bien vetu, passant au mois de septembre 1606 dans un village de la Franche-Comte, acheta une jument d'un paysan du lieu pour la somme de dix-huit ducatons. Comme il n'en avait que douze dans sa bourse, il laissa une chaine d'or en gage du reste, qu'il promit de payer a son retour. Le vendeur serra le tout dans du papier, et le lendemain trouva la chaine disparue, et douze plaques de plomb au lieu des ducatons[1].

[Note 1: Boguet, Discours des sorciers.]

"M. Remy, dans sa Demonolatrie[1], parle de plusieurs personnes qu'il a ouies en jugement en sa qualite de lieutenant general de Lorraine, dans le temps ou ce pays fourmilloit de sorciers et de sorcieres: ceux d'entre eux qui croyoient avoir recu de l'argent du demon, ne trouvoient dans leurs bourses que des morceaux de pots casses et des charbons, ou des feuilles d'arbres, ou d'autres choses aussi viles et aussi meprisables."

[Note 1: Ch. IV, ann. 1705, cite par dom Calmet, dans le Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 271.]

"Le R.P. Abram, jesuite, dans son Histoire manuscrite de l'Universite de Pont-a-Mousson, rapporte, dit dom Calmet[1], qu'un jeune garcon de bonne famille, mais peu accommode, se mit d'abord a servir dans l'armee parmi les goujats et les valets: de la ses parens le mirent aux ecoles, mais ne s'accommodant pas de l'assujettissement que demandent les etudes, il les quitta, resolu de retourner a son premier genre de vie. En chemin il eut a sa rencontre un homme vetu d'un habit de soie, mais de mauvaise mine, noir et hideux, qui lui demanda ou il alloit, et pourquoi il avoit l'air si triste: Je suis, lui dit cet homme, en etat de vous mettre a votre aise, si vous voulez vous donner a moi. Le jeune homme croyant qu'il vouloit l'engager a son service, lui demanda du tems pour y penser; mais commencant a se defier des magnifiques promesses qu'il lui faisoit, il le considera de plus pres, et ayant remarque qu'il avoit le pied gauche fendu comme celui d'un boeuf, il fut saisi de frayeur, fit le signe de la croix, et invoqua le nom de Jesus; aussitot le spectre disparut. Trois jours apres la meme figure lui apparut de nouveau, et lui demanda s'il avoit pris sa resolution: le jeune homme lui repondit qu'il n'avoit pas besoin de maitre. Le spectre lui dit: Ou allez-vous? Je vais, lui repondit-il, a une telle ville qu'il lui nomma. En meme tems, le demon jetta a ses pieds une bourse qui sonnoit, et qui se trouva pleine de trente ou quarante ecus de Flandres, entre lesquels il y en avoit environ douze qui paroissoient d'or, nouvellement frappes, et comme sortant de dessous le coin du monnoyeur. Dans la meme bourse il y avoit une poudre que le spectre disoit etre une poudre tres subtile. En meme tems il lui donnoit des conseils abominables pour contenter les plus honteuses passions, et l'exhortoit a renoncer a l'usage de l'eau benite et a l'adoration de l'hostie qu'il nommoit par derision ce petit gateau. L'enfant eut horreur de ses propositions, fit le signe de la croix sur son coeur; et en meme temps il se sentit si rudement jette contre terre qu'il y demeura demi mort pendant une demi heure. S'etant releve, il s'en retourna chez sa mere, fit penitence et changea de conduite. Les pieces qui paroissoient d'or et nouvellement frappees, ayant ete mises au feu, ne se trouverent que de cuivre."

[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 272.]

Le diable engage quelquefois a faire des oeuvres de piete.

"L'an 1559, dit Bodin[1], le dix-septieme jour de decembre, au village de Loen, en la comte de Juilliers, le cure osa bien interroguer le diable, qui tenoit une fille assiegee, si la messe estoit bonne et pourquoy il poussoit et contraignoit la fille d'aller soudain a la messe, quand on sonnoit la cloche. Satan respondit qu'il vouloit y aviser. C'estoit revoquer en doute le fondement de sa religion et en faire juge Satan. Or Jean de Sarisber, en son Policratic, livre II, chap. XXVI, parlant de ses beaux interrogatoires, dit: Les malins esprits sont si rusez, qu'ils feignent avec beaucoup de sollicitude qu'ils ne font que par force ce qu'ils font de leur plein gre. On diroit qu'ils sont contraints, et ils font qu'on les tire des lieux ou ils sont, en vertu des exorcismes: et afin que l'on n'y prenne garde de si pres, ils dressent des exorcismes comme au nom du Seigneur, ou en la foy de la saincte Trinite ou en la vertu de l'incarnation et de la passion, puis les suggerent aux hommes et obeissent aux exorcistes jusques a tant qu'ils les ayent envelopez avec eux en mesme crime de sacrilege et peine de damnation."

[Note 1: Demonomanie, livre III, ch. dernier.]

"Jean Wier recite, continue Bodin[1], qu'il a veu une fille demoniaque en Alemagne, laquelle interrogee par un exorciste, Satan respondit qu'il faloit que la fille allast en pelerinage a Marcodur, ville eslongnee de quelques lieues, que de trois pas l'un elle s'agenouillast, et fist dire la messe sur l'autel Saincte-Anne, et qu'elle seroit delivree, predisant le signal de sa delivrance a la fin de la messe. Ce qui fut fait, et sur la fin de la messe, elle et le prestre virent un fantosme blanc, et fut ainsi delivree."